L’apocalypse n’est plus une fiction

Le 10 septembre en librairie

Avec Jakuta Alikavazovic, Johann Chapoutot, Wendy Delorme, Phœbe Hadjimarkos Clarke, Paul Gasnier, László Krasznahorkai, Hervé Le Tellier, Céline Minard...

n°666
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Riad Sattouf

Agenda

Au "Livre sur la place" à Nancy

- Le 11 septembre à 14h avec Johann Chapoutot

- Le 12 septembre à 11h30 avec Phoebe Hadjimarkos Clarke et Thomas Snégaroff

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ÉDITORIAL 

Lisez le monde avec ceux qui l'écrivent !

Olivia Gesbert


666 serait le nombre de « la Bête ». Comment les écrivains se la figurent-ils ? Face à la confusion habile des régimes de destruction et de séduction, le Mal n’a plus de visage. À moins qu’il en ait tant qu’il soit devenu difficile de le reconnaître. « La plus belle ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas », nous met en garde Baudelaire dans ses Petits Poèmes en prose. Alors, saurons-nous le reconnaître ? Ouvrons la réflexion avec Paloma Hermina Hidalgo et apprenons à voir, avant qu’il ne soit trop tard, avec la romancière Wendy Delorme. Si le combat du Bien contre le Mal a commencé, comment la littérature le met-elle en scène ? Tandis que Paul Gasnier revient sur sa confrontation avec le Diable à Moscou, Thomas Snégaroff envoie Trump en enfer (cela est une fiction).

Terrifiantes, joyeuses ou mélancoliques, pourquoi, nous, lecteurs, avons-nous tant besoin de toutes ces fictions (post-)apocalyptiques ? Imaginer la fin (ou l’après) nous aide-t-il à reconsidérer notre présent ? Jean-Paul Engélibert répertorie les formes narratives contemporaines de la catastrophe, alors que l’oulipien Hervé Le Tellier invente un nouveau récit, celui de la destruction de Lisbonne, et que le dramaturge David Lescot, sustenté à l’éco-anxiété, nous livre un poème lyrique apocalyptique. Trente-cinq ans après la naissance du post-exotisme, Charif Majdalani revient, lui, sur l’œuvre au noir d’Antoine Volodine, tandis que les romanciers Jakuta Alikavazovic et Jean-Baptiste Del Amo explorent la part de nuit des imaginaires contemporains en compagnie de l’Argentine Mariana Enríquez et du Péruvien Gustavo Faverón Patriau.

Spécialiste de l’Allemagne et de la modernité occidentale, l’historien Johann Chapoutot nourrit en parallèle une réflexion sur les analogies entre les années 1930 et notre présent. Il livre ici une réflexion sur téléologie et fin du monde, et replace dans une perspective historique les récits des prophètes de la tech, nouveaux adeptes de l’effondrement.

Quand la banalité d’un quotidien précaire et sédentaire vire au road trip ou à la fuite extra-ordinaire, la romancière Phoebe Hadjimarkos Clarke hallucine l’apocalypse, dans une nuit peuplée de créatures étranges, comme dans un tableau de Jérôme Bosch ou une planche d’Emil Ferris. Pas de visions endiablées en revanche chez Céline Minard, mais un futur qu’elle réenchante en consacrant de nouvelles formes de vie et les métamorphoses du langage, dans un monde post-humain. L’autrice de Plasmas et de Tovaangar revient également sur cette terre nourricière et hospitalière qu’est, pour elle,
la littérature.

Enfin, nous ne pouvions ouvrir un tel chapitre – 666 – dans l’histoire de La NRF sans faire appel au « Maître », László Krasznahorkai, Prix Nobel de littérature 2025, couronné par l’Académie suédoise pour « son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l’art ». Et saluer par la même occasion son retour dans la collection « Du monde entier », vingt ans après la publication de son roman La mélancolie de la résistance (Gallimard, 2006). Dans une longue et unique phrase, une complainte du progrès, l’écrivain hongrois pointe l’archaïsme de la guerre et la réalité d’un monde où tout change et rien ne change.

En prélude à une longue balade au Louvre, à retrouver dans le prochain numéro de votre revue, le romancier et dramaturge Noham Selcer plonge son regard dans un tableau de l’Italien Leandro Bassano. Cette Entrée des animaux dans l’Arche, période Renaissance, qui a capté son regard, est accrochée dans le Département des peintures du musée parisien. Elle rencontrera au fil des pages l’imaginaire et la modernité du trait du dessinateur Riad Sattouf qui projette son héroïne Esther, celle des Cahiers, celle qu’on a vue grandir jusqu’à ses 18 ans, dans un monde post-apocalyptique. Parce qu’au fond, c’est bien cela dont il s’agit : alors que la catastrophe se conjugue désormais au présent, quel monde laisserons- nous aux générations futures ?

Après nous, le déluge ?

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Chaque mois, une conversation passionnée avec des écrivains qui explorent les résonances entre passé et présent, fiction et réalité, littérature et société.

En vidéo et en audio, en partenariat avec la librairie Mollat.
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Par Olivia Gesbert

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