Windsor, papillon de nuit

Windsor, papillon de nuit
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 22/04/2021

Quelque chose nous dit que nous n’avons pas tout à fait épuisé la magie de ces images en provenance de la chapelle des Windsor. La reine à son banc, trois rangs en avant, complètement seule. On dirait un papillon de nuit épuisé qui a trouvé le moyen d’entrer là. Quelques instants de repos avant de reprendre la route. Sauf qu’il n’est pas question de remonter vers le nord, comme l’autre jour les oies sauvages, à la file, dans l’immense bleu d’avril.
Le papillon de nuit, un magnifique « Windsor » , ne bougeait pas, il écoutait la musique, Purcell ? Bach ? Dowland ? Haendel ? Il n’y avait rien d’autre à faire qu’écouter ces minutes « monarchiques ». Il se trouve que l’Angleterre mène une double expérience que la France a préféré ne pas connaître, en optant direct pour l’échafaud. L’Angleterre est à la fois une monarchie et une démocratie. Les deux à fond, sans le moindre doute. Monarchie qui ne « compte » pas à la tribune de l’histoire, mais monarchie quand même, dans la précision du déroulement des gestes, et surtout l’enchaînement des générations. Il n’y a pas de campagne électorale pour savoir qui va succéder à Elizabeth II, il n’y a pas d’agence de pub qui engloutit des milliards pour la fabrication de spots télévisés. Tout de même, la reine a nourri le monstre « réseau social » de quelques images issues des belles années de l’enfance, quand tout était encore à venir. Nous pouvons y voir un léger sacrifice à l’air du temps bien compréhensible. L’essentiel est ailleurs. Lecture du livre du Siracide, par une voix grave et simple. Le soleil et la lune, la pluie et la lumière, le fond des âges. Tout cela, en un certain moment du Temps, avant que la marche des jours ne reprenne son voyage.
Les gens qui ne sont jamais contents de rien, qui vivent dans l’air ranci de la méchanceté du « je-ne-supporte-pas »,  préfèrent sans doute à ces moments sublimes la nursery d’un coup de pub, l’endormissement mental dans les bras d’un ourson de Prisunic aussi gentil qu’une cellule de soutien psychologique. C’est la terrifiante « poésie » du moment. Nous lisons cela dans notre journal du matin, dans l’espoir d’un crépuscule à la hauteur, mais cela semble mal parti. Dans la chapelle des Windsor, on eût pu entendre les notes du « Black Bird » du légendaire Double Blanc des Beatles. « Black bird singing in the night », un rossignol dans la nuit. c’est bien cela, sous la protection poétique du grand Shakespeare. Mais cela, on le sent dans l’air, va être difficile. Les dous dous vont surveiller les issues, que personne n’échappe à leur débilité. Ils vont être en rupture de stock. La peluche convient à tout le monde. Tout le monde la réclame.
J’aime penser à ce qui se passe, au retour de la cérémonie, dans les appartements privés. Un bol de corn flakes, une tasse de thé, la radio dans la cuisine qu’Elizabeth aime écouter avant d’assurer la journée. Il va y avoir encore des réclamations, des débats sur le bon vaccin, tout cela comme dans les tableaux de Jérôme Bosch. Le livre du Siracide est pourtant très clair à ce sujet. « Avant toute chose fut créée la sagesse, et depuis toujours, la profondeur de l’intelligence. »


Michel Crépu

 
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