Un pénitent sûr de lui

Un pénitent sûr de lui
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 01/04/2021

Au fond, il n’a pas changé : la tête d’un angelot au regard perçant. L’épreuve lui a imposé le masque, elle a fait de lui un pénitent qui se dresse, un humble qui distribue les répliques. Depuis toujours, il entretient avec le réel des relations de voisinage incertain. Le réel du président Macron, c’est le président Macron. Contrairement à ce que disent certains, il n’y a aucune morgue à cela. C’est simplement ce dont il a hérité. Quel admirable non-couple il forme avec le premier ministre Castex : l’un tutoie l’indicible, l’autre ne connaît rien d’autre que les dossiers. C’est un autre genre d’indicible que l’on a eu tort de critiquer. L’Administration est un peu comme une pièce musicale de Boulez : s’il manque la nuance d’un tampon, tout est à l’eau. Ce que veut le premier ministre : apaiser les misères, voire les résoudre, sans en tirer gloire. Castex est un saint : c'est-à-dire qu’il donne sans un retour sur investissement. Il n’existe que pour donner. Saint Vincent de Paul était comme ça. Macron est comme un preneur de citadelles. Lui non plus, ne compte pas. Mais à la Bonaparte. Seul l’instant détermine l’action. C’est le héros, tout simplement. Il y a aussi une certaine forme de sainteté à cela, mais d’une façon éperdue, à fois romantique et technocrate. Il n’y a pas de place, dans cette créature politique étonnante, pour la tiédeur du cloître, les longues minutes de la lectio divina en cellule. Pas de place pour la tempérance, le retrait sous le capuchon chartreux.
La situation, maintenant. Elle est catastrophique. Il n’y a plus qu’à attendre l’arrivée d’un vaccin, à base de salive de crapaud et d’onguent de cachalot pour nous tirer de là. L’épreuve, jusqu’ici, était vue comme un match. Rien de plus inexact. Ce n’est pas un match qui se livre. Mais alors quoi ? On ne sait pas contre quoi on se bat et l’impression se fait de plus en plus sentir qu’il n’y a pas d’adversaire. Il n’y a rien du tout. Et ce rien du tout est plus féroce qu’un char d’assaut de la division Das Reich. On se bat contre un rien du tout qui déferle de toutes parts. Le président a dit hier que « nous avions appris ». Qu’avons-nous appris, au juste ? Peut-être cela : que le modèle d’interprétation était faux. Il n’y a pas de modèle du tout, il s’agit de bien se mettre cela dans la tête. Le monstre qui joue avec nos nerfs ne sait pas qu’il est ce monstre : c’est d’ailleurs cela même, la monstruosité, ne pas savoir ce qu’on fait. Le président prend des cours de monstruosité. Un de ses proches dit qu’il a vite appris à parler le langage médical. Tout le monde a oublié le bon vieux temps où l’on sonnait des casseroles sur le passage du professeur Raoult. Où est-il donc passé, Raoult ?
La machine médiatique fait son beurre de tout cela. Elle aurait tort de s’en priver. Le président continue à fixer le néant de son regard angélique. Derrière lui, on aperçoit des branches d’arbres encore saisis des journées d’hiver. Nous n’en sommes qu’au début.
Michel Crépu

 
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