Qui a peur de Boris Johnson ?

Qui a peur de Boris Johnson ?
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 26/07/2019

Boris Johnson a beaucoup en commun avec Donald Trump, moins le temps nécessaire à incarner Boris Johnson que n’en avait Trump pour devenir Trump. Qu’a-t il en commun ? Quelque chose qui, devant les événements de la vie politique, se résume à peu près à la formule : « rien à foutre. » Attention : rien à foutre veut dire ici : il n’est pas de surmoi qui tienne. Le surmoi tient le garde manger des mauvaises raisons (morale mortifère, politiquement correct réparti à tous les étages). Faire sauter le surmoi c’est refuser l’idée du patient et du raisonnable. Une certaine obligation de patience qui agace le joueur au moment du penalty. Or il se pourrait qu’il y ait une bonne patience quand même. En un sens, c’est tout l’art vrai de la politique à son sommet de faire valoir la raison raisonnable au lieu de la raison dictatoriale. On peut s’amuser jusqu’à un certain point où le sérieux reprend la parole sans pour autant tout céder à l’ennui. Trump s’est montré plus habile à ce jeu qu’on ne l’aurait cru bêtement. Trump a largement profité de cette bêtise de ses adversaires qui le confondaient avec sa caricature. Il faut dire que l’écart était mince. Mais dans ces situations, il n’est pas non plus d’écart qui tienne. Et Trump, qui sera vraisemblablement réélu, s’est bien amusé à faire le grossier tout en faisant son marché. Il rappelle la bonne formule de Marcel Jouhandeau qu’on ne se lasse pas de citer : « ce n’et pas parce que j’ai une tête de bandit que je n’en suis pas un. »

Toute l’habileté trumpienne a été de faire croire au bandit sans l’être tout en l’étant. C’est le règne du fake new way of life que Boris Johnson va devoir pratiquer en première ligne, à moins que les événements de la vie politique anglaise ne lui en laissent même pas la possibilité. Sa première déclaration, au nom de l’amitié profonde et du goût de la liberté est assez noble dans sa bouche. Que l’amitié vienne en premier rang est un signe. Cela tranche sur les jurons et donne de M. Jonhson l’image d’un garnement plus lucide qu’il n’y paraît. Qui a peur de lui ? Il faut observer les photos (elles disent plus de choses que beaucoup d’articles) : Boris Johnson y montre un certain bleuté dans le regard qui paraît loin du braillard auquel nous sommes déjà habitués. Sauf erreur de notre part, l’Angleterre a pu se regarder dans la glace au sortir de la Seconde Guerre. L’absence de surmoi, dans son cas, est une absence de culpabilité, notre avoine quotidienne. C’est parce qu’il n’y a pas de surmoi que « rien à foutre » peut s’ébattre dans le pré. Et puis la reine est là pour ce qui est du code de conduite. Inutile de chercher les complications, il y a ce qu’il faut en magasin. Sans oublier le foot, pièce capitale, et la prochaine tournée des Stones. Un lien relie tout cela suivant un écheveau dont il est passionnant de suivre le dessin. Si Boris Johnson parvient à nous montrer le motif de l’Anglais du XXIème siècle, il aura gagné sa bataille. Il dispose pour cela d’à peu près cinq minutes. Il y a du Churchill fils de la haute avant terme dans ce gros garçon qui ne sait pas renfiler sa chemise en sortant du 10 Downing street. Sir Winston ne connaissait du monde que ce qu’il en voyait de la fenêtre donnant sur l’Empire, cela ne l’a pas empêché de voir venir. À toi de jouer Boris.

Michel Crépu

 
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