Présidentielle sans fin

Présidentielle sans fin
| Publié le : 17/12/2021

Ce que l’on vit, maintenant, c’est l’après deuil des « grandes idéologies ». L’URSS est morte il y a trente ans et nombreux, alors, furent ceux qui pensaient à l’avènement d’un règne de l’après, confondu par certains avec la « fin » de l’histoire. Et puis l’on s’est rendu compte que cette « fin de l’histoire » contenait en elle-même quantité de virus clandestins, impossibles à détecter, qui n’obéissaient à aucune logique déjà expérimentée. On disait : « fin des grandes idéologies » alors même que c’était la notion de « fin » qui n’avait plus aucun sens.

En fait, c’est le mot « fin » qui est fini, il ne veut plus rien dire. C’était bien du temps où l’on était dans l’histoire comme au théâtre. Le rideau se levait, on frémissait. Ainsi, pour vouloir dire quelque chose, il faudrait que le mot « fin » soit relié aux grandes courroies narratives de transmission. Il faudrait que le mot « fin » soit encore porteur de légende, y compris dans sa forme la plus désuète, la plus nulle. Or tel n’est pas le cas. Ce que l’on sent dans l’air, c’est, comme tout le monde le sait, le « réchauffement climatique ». Or le « réchauffement climatique » n’est rien d’autre qu’une conséquence chimique qui n’a aucune expression culturelle. Aucun Shakespeare n’est jamais sorti des fumées noires du dérèglement : rien d’autre que la répétition lancinante d’une volonté militante de vertu tiède. Aucun geste littéraire n’est venu raconter cette histoire qui ne fait rien vibrer. Elle ne fait rien vibrer parce que tout, dans cette volonté éperdue de vertu à la suédoise, n’est que désir de propreté. Il n’y a rien, dans ce délire de propreté, qui ait le moindre rapport avec les grands rouages de la beauté, rien qui ait le moindre rapport avec les contradictions du cœur humain. Tout n’est plus que binaire, obsédé de race, de genre, profondément étranger au drame de l’histoire qui n’est jamais binaire, toujours complexe, étranger à la rage de procéder aux vérifications d’identités, cela comme dit Montherlant dans La Reine morte, « sous les yeux lourds des lions ».

La vie et la mort sont devenues de vieux fétiches, restes poussiéreux d’une mémoire désormais muette. Il y avait autrefois un « souffleur » dans sa boîte au bord de la scène. Il chuchotait les passages manquants, oubliés. Mais le souffleur a fait ses bagages. Il fait penser à ce garçon de cirque qu’évoque Céline au début de Mort à crédit, un jour disparu sans donner de nouvelles… Et l’on dirait que la caravane de la présidentielle avance ainsi, dans le brouillard, ne sachant plus s’il faut planter la tente ici, ou ailleurs. Qui veut bien remplacer le souffleur ? On ne se bouscule pas au portillon. Pourtant, il y a un créneau à prendre. D’où vient alors cette sensation de vide, comme si l’espace n’arrivait pas à se remplir ? L’ange macronien va nous instruire de la suite. En ces temps de post-apocalypse, la présence d’un ange au pupitre ne serait pas de trop.

Michel Crépu

 
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