OUBLIER TRUMP

| Publié le : 13/01/2021

On ne sait pas quoi faire de Donald Trump. N’y a-t-il pas, au Capitole, une salle de jeux pour enfants ? On pourrait le mettre là, en attendant l’interminable entrée en fonction de Joe Biden. Ou bien simplement le mettre en prison, avec une télévision de dessins animés dans la cellule. Les avis sont partagés. Joe Biden ne penche pas pour le martyr : cela lui gâcherait l’important premier acte des cent jours du début. Donald y verrait la chance, pour lui, de saturer l’espace médiatique. Les autres, comme Nancy Pelosi, sont pour la sévérité et la chance de pouvoir, une fois pour toutes, mettre Trump irrémédiablement out. Ce n’est pas un petit avantage.

Avantage redoutable et peut-être révélateur d’une faiblesse : car c’est prêter bien de la puissance à l’ancien président en raisonnant comme s’il avait déjà gagné la bataille médiatique de l’après élection. On ne sait même pas ce qu’il va faire. Une télévision ? Un club de golf ? Ecrire des mémoires (au moyen de crayons de couleurs) ? Les partisans de la sévérité sont, à raison, pour l’application des principes. A grande faute, grande peine, comme disait le général de Gaulle. Mais n’est-ce pas survoler de façon un peu trop sublime, la réalité d’une société américaine dévastée par la division ? C’est le souci de Joe Biden qui a bâti son succès sur la réconciliation des camps. A quoi ressemble un mandat qui commence par la prison ? Tout le monde sait bien qu’il n’ y pas de baguette magique pour cela mais justement : laisser le champ libre à Trump serait certainement une erreur tactique de se faire chiper le buzz par un tel grotesque.

La bonne piste serait trouver l’idée d’un châtiment qui ne fabrique pas du martyr. Un châtiment qui ridiculise au lieu d’humilier. Un châtiment qui referme sur le déchu les portes de l’oubli au lieu de les rouvrir à frais nouveaux. Et puis, on peut aussi pressentir que Trump et ses dossiers judiciaires vont se dissoudre peu à peu dans les eaux de l’océan, comme à la fin de Moby Dick, quand tout est recouvert par l’écume. C’est là, d’ailleurs, où nous retrouvons la littérature. Trump est un formidable personnage de roman, il va donner envie au cinéma de se remuer un peu. Pour l’instant, on ne peut pas dire que cela se bouscule au portillon. Mais cela va changer.

Surtout, Biden doit réussir un concept de société harmonieuse qui ne soit pas naïve, comme l’était le bon Jimmy Carter. Il devrait lire les Considérations de Montesquieu sur la chute de l’Empire romain. Rien n’a changé depuis Néron et Moby Dick. Les revisiter serait une façon de donner le ton. Jimmy Carter croyait à la vertu de la gentillesse qui permet de traverser l’enfer. Il avait peut-être raison, on aurait bien tort de moquer cette vertu qui s’avance toujours à découvert. Sans rien renier de cet héritage vertueux, il doit être possible de donner à la gentillesse un éclair de courage inédit, surprenant. Une gentillesse pour temps de gros grain, tandis que les spectres du coronavirus font implacablement monter les chiffres de la pandémie. Un vertigineux rendez vous de l’espèce humaine avec elle-même est en train de se manifester. C’est surtout cela qu’il ne faut pas rater.

 

 

 

 

 
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On ne sait pas quoi faire de Donald Trump. N’y a-t-il pas, au Capitole, une salle de jeux pour enfants ? On pourrait le mettre là, en attendant l’interminable entrée en fonction de Joe Biden. Ou bien simplement le mettre en prison, avec une télévision de dessins animés dans la cellule. Les avis sont partagés.

DE LA DOUCEUR EN AMERIQUE
On pense bien sûr au roman de Philip Roth, « Le complot contre l’Amérique », on pourrait aussi, en remontant le temps, songer à la célèbre pièce de T. S. Eliot, « Meurtre dans la cathédrale », chercher à comprendre ce qui a lieu en ce moment même sous nos yeux, dans la stupeur. Constater d’abord ceci : contrairement à ce qui a été dit trop rapidement, il ne s’agit pas d’un « putsch ». Pour que l’on parle de putsch, il faudrait un effondrement des grandes institutions, une véritable prise de pouvoir. Ce n’est pas ce que nous avons vu.

EN RONDE AVEC L’ADJUDANT CASTEX
L’adjudant Castex fait sa ronde dans Paris désert. Il possède un gros sifflet en bois. Il chausse d’énormes souliers noirs, aux lacets de cuir. L’Etat commence là. Après, peut-être, un képi chamarré. Les retardataires du couvre-feu n’ont qu’à bien se tenir, le sifflet de l’adjudant sait où se cachent ces petits misérables qui croient pouvoir ruser avec l’Etat. Quand il embouche son gros sifflet, on l’entend jusqu’au zoo de Vincennes, au pavillon des singes et des lions. Ce qui est émouvant avec l’adjudant, c’est sa loyauté, son absence de calcul, de recherche d’effets.

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