Nicolas Hulot, triste Narcisse

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 29/08/2018

Il y a dans la démission surprise de Nicolas Hulot de son poste de ministre de l’écologie quelque chose de terriblement ado. Les « petits pas », symbole de la lourdeur ennuyeuse du compromis l’impatientaient. Ce qu’il réclamait, c’était une marche triomphale dont il eût été le César Pontifex. Et comme cette marche triomphale semblait remise sans cesse au lendemain, Nicolas Hulot a jeté son képi à la rivière sans prévenir personne. L’enfant boudeur claque brusquement la porte. Geste singulier qui mérite un arrêt sur image. Nous avons ici une sorte de passage à l’acte de l’impolitesse politique, encore jamais vu dans l’histoire de la république. Il y a là un cas qui intéresse le moraliste. La NRF arrive donc avec sa trousse de secours médical, prévoyant même un éventuel soutien psychologique. Le démissionnaire a dit que c’était une « affaire entre lui et lui-même » : du point de vue de l’espace républicain, c’est un peu serré. Imaginons un homme seul enfermé avec lui-même dans une cabine transparente au milieu d’une foule de curieux. Comme il doit être malheureux !

Quant aux dossiers scientifiques, la NRF se gardera de juger du bien fondé des pesticides tout en observant que la société vit un tournant dans ses habitudes alimentaires. Ne pas voir cela, c’est comme de dire que les locomotives doivent continuer au charbon alors qu’elles fonctionnent désormais à la vitesse d’un réseau social. Sans en rajouter, chacun comprend qu’une page se tourne. Il n’est pas rare, désormais, de voir dans les magasins d’alimentation des clients expertiser, via l’application Yuka, la nocivité ou au contraire la qualité d’une tomate ou d’une pomme de terre. L’expertise s’étend désormais à tout : ainsi ce matin, mon Yuka a décrété nocive ma bonne vieille paire de lacets qui m’accompagne depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Nicolas Hulot était là pour assurer la délicate opération d’un « en même temps » à haut risque : arriver à mettre dans un même panier le puritain écolo et le céréalier à la mode américaine, lequel n’a que faire des objections de Yuka. Nicolas Hulot n’a pas trouvé le « mode » et ceux à qui il s’adressait n’ont pas fait le petit pas nécessaire. Le moraliste observe ici le caractère quasi caricatural d’un affrontement entre deux visions du monde. D’un côté une vision apocalyptique, ayant sans cesse la fin du monde à la bouche ; de l’autre une vision de compromis, ne croyant pas aux grands soirs de rupture. M. Hulot n’avait pas la tête de l’emploi pour assumer grand écart. Faire rêver tout en maintenant le contact avec le réel. Vieille histoire. Sa tristesse d’annonciateur de la fin du monde a fini par s’amalgamer à son souci égotique d’image personnelle. On pense soudain aux émois de Madame de Sablé à Port-Royal, ayant peur des mouches, ayant peur de tout et réclamant une cellule monacale à l’écart des autres. Au bout du compte, seul son sort l’intéresse. Ainsi de Nicolas Hulot. Le prophète à tête de Gribouille a fini dans la peau d’un Narcisse désolé. Il n’y a pas de « en même temps » pour Narcisse. Seulement la chance d’être visible dans la belle lumière d’une matinée d’été. C’en est fait. L’automne s’approche, on sort déjà les gilets. il n’y aura bientôt plus que le prix Goncourt pour nous tirer de là.

 

 
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