Mettre une cravate

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 29/06/2017

Contrairement aux Insoumis qui ne mettent pas de cravate, nous mettons un bonnet à poils avant de prendre la plume, en l’honneur de la bataille d’Austerlitz. Il est extraordinaire et surtout comique que l’on puisse encore croire que l’absence de cravate soit synonyme de rébellion. Le mot lui-même de « rébellion » est devenu incertain, d’un usage délicat. Depuis que tout a changé en France, il est impossible de brandir une bannière sans courir le risque de croiser un cortège adverse arborant la même bannière, mais à fronts renversés. Alors une absence de cravate… On admire plutôt ces vieux hauts fonctionnaires, les jours de canicule, boulevard Saint-Germain, portant des chemises plus blanches que la nappe qui servira au dîner de ce soir en l’honneur du roi Théodose.

Un grand rebelle, Donald Trump, vient assister au défilé du 14 juillet. Il y a une idylle entre Donald et Emmanuel. Les spécialistes s’interrogent, supputent. Est-ce une bonne idée d’inviter Donald ou bien « Manu » n’a-t-il pas tout à perdre à cette invitation spectaculaire ? Les malheureux ne comprennent pas que cela n’a aucune importance. Laissons passer quelques semaines et Donald se mettra à ressembler au Dalaï Lama. On dira « Sa béatitude céleste vient de signer un décret d’interdiction d’usage du vélo dans les quartiers fréquentés par les porteurs de chemise à pois ». Et M. Mélenchon menacera de tout briser – à la télévision, bien sûr.

Que Donald prenne soudain l’allure d’un moine zen ou « Manu » la tête d’un haltérophile hongrois porteur de moustaches terrifiantes, cela ne change rien à la situation internationale, laquelle se trouve sous la menace d’une cyber attaque de premier ordre. Qui est derrière ? La mafia ? Un sale gosse dans sa chambre ? Le pape ? Et d’ailleurs, y a-t-il seulement un « derrière » à tout cela ? Un important vient de dire que le « cyber espace » était désormais un champ de combat analogue aux classiques terre, air, mer.

Ne perdons pas notre sérénité bouddhique à l’approche du prochain cyber assaut. Vite, rouvrons Maurice Blanchot, qui continue de nous enchanter par le calme intellectuel dont il fait preuve en des heures difficiles. Lisez plutôt, nous sommes en 1933, Edouard Daladier est à la non-manœuvre gouvernementale : « Ils ont remis aux organisations internationales le dépôt de leur honneur et de leur gloire. Ils voudraient être puissants sans peine et sans volonté, par le consentement des autres, sans que leur puissance morale et matérielle y soit pour rien. »

« Le dépôt de leur honneur » : voilà qui est écrit comme l’on devrait écrire, surtout quand on porte un bonnet à poil. On peut être sûr que Blanchot portait une cravate quand il écrivit ces phrases. Quand on se souvient que la langue française était autrefois (au beau temps de M. de Talleyrand) la langue diplomatique en usage, la lecture de telles phrases, si simples et élégantes, a quelque chose d’ahurissant. Mais que l’on se rassure, cela va changer. De retour à Washington, Donald va s’initier aux arcanes subtils de la langue de Voltaire et Manu va lui apprendre à lire Lévinas. Ses collaborateurs vont s’inquiéter. Toute la journée dans le Bureau Ovale, plongé dans un livre, demandant qu’on aille lui chercher un volume des Mémoires de Saint-Simon. Il n’y a pas à dire, Paris redevient le centre du monde. La France fait le buzz.

Michel Crépu

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Houellebecq, son nom de Beaugency dans Paris désert Houellebecq, son nom de Beaugency dans Paris désert
Avec sa reliure façon « club français du livre », le dernier ouvrage de Michel Houellebecq semble une édition de luxe d’un grand roman d’Henri Troyat, du temps où les romans étaient conçus comme des armoires normandes, pour durer très longtemps. Qu’en sera-t-il de ce monstre narratif où l’auteur des Particules a voulu braquer sa lanterne ?

Présidentielle sans fin Présidentielle sans fin
Ce que l’on vit, maintenant, c’est l’après deuil des « grandes idéologies ». L’URSS est morte il y a trente ans et nombreux, alors, furent ceux qui pensaient à l’avènement d’un règne de l’après, confondu par certains avec la « fin » de l’histoire. Et puis l’on s’est rendu compte que cette « fin de l’histoire » contenait en elle-même quantité de virus clandestins, impossibles à détecter, qui n’obéissaient à aucune logique déjà expérimentée. On disait : « fin des grandes idéologies » alors même que c’était la notion de « fin » qui n’avait plus aucun sens.

Soir d’hiver Soir d’hiver
La fin de l’année s’approche, dans un climat de drôle de guerre. On croyait pouvoir se donne la fraîcheur intime d’un prochain Noël et voilà qu’il faut à nouveau astiquer les seringues. C’est le moment de ressortir un vieux NRF, cru 1977 entretenu au fil des mois, des ans, par celui qui en fut le promeneur mystérieux, Marcel Arland, plus que n’importe quel autre.

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.