Marine Le Pen, ce n’était donc que cela

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 04/05/2017

En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen se retrouva au deuxième tour de la présidentielle face à Jacques Chirac, ce dernier refusa d’avoir un débat avec le leader du Front National. On croit rêver quand on pense à ce luxe qu’on pouvait alors se permettre, au plus fort de la campagne, de passer outre à un tel rendez-vous. Nul, à l’époque, ne songea à en faire le reproche à Jacques Chirac. Tout perclus d’affaires qu’il était, la stature morale du Général le protégeait. Lui permettait de dire à une telle offre de débat : on ne discute pas avec un parti comme le Front National. Et personne n’y trouvait à redire.

Que n’eût-on pas dit si Emmanuel Macron avait tenu le même langage ? En quinze ans la puissance électorale du parti de Marine Le Pen est devenue incontournable. On ne tourne pas le dos à des millions d’électeurs qui ont trouvé dans le discours du FN de quoi étancher leur colère, leur ressentiment. Ce luxe que Chirac pouvait se permettre est aujourd’hui hors de prix. Il faudrait s’appeler Jean Moulin pour donner le soufflet. Au moins. Mais il est révolu, ce temps béni, où il suffisait d’une phrase bien faite pour régler la question et contenir le bulldozer. Emmanuel Macron devait donc y aller, descendre dans l’arène, affronter de plein fouet cette redoutable machine à tout écraser sur son passage.

Or qu’avons-nous vu, durant deux heures ? Une dame fébrile, sans cesse à remuer ses feuilles, remettant compulsivement sa mèche, jetant à l’esbroufe ces formules éculées qu’on est las d’entendre depuis des mois. Marine Le Pen, une fois vidé son chargeur dans les trois premières minutes, a offert le spectacle pathétique de l’imprécation brouillonne, jusqu’à provoquer un sentiment de gêne. Et du coup, on se disait : « Quoi ! est-ce donc là le monstre annoncé ? La fin du monde autoproclamée ? » Ce n’était donc que cela. L’hypnose exercée par le cobra Le Pen a eu un incroyable effet d’auto persuasion pendant des mois, des années. L’hypnose a pris fin hier soir et le gong retentira dimanche pour le confirmer.

On serait bien tenté d’en rester là. Mais fou serait de croire que les millions de bernés qui ont mis leur bulletin dans l’urne pour Marine Le Pen vont immédiatement entrer dans l’étincelante lumière macronienne. Il va bien falloir aller les rechercher. Il va falloir se démener, faire valoir des principes auxquels on tient, faire tenir ensemble le principe de vertu avec celui de l’expérience pratique, quel que soit le prix du costume. C’est ce qu’on appelle « faire de la politique ».

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Don Quichotte on the road
Les années passent, la planète renouvelle son stock d’imagination, ce qui semblait hors de propos occupe soudain le premier plan. Il y a des experts pour cela, des gens qui savent décrire les changements, on les appelle les « écrivains ». On en croise encore, de loin en loin, on les reconnaît à une certaine démarche. Salman Rushdie en fait partie. Regardez-le bien, vous n’êtes pas près d’en revoir un exemplaire de sitôt. Se souvient-on encore de l’affaire des Versets sataniques qui lui avaient valu d’écoper d’une « fatwa » pour crime d’humour et d’insolence ?

Tristesse du réactionnaire
Les bonnes règles du savoir-vivre entre revues ignorent naturellement les désaccords intellectuels. On ferme les yeux sur des propositions qui mériteraient en temps normal qu’on réclame au moins un duel et on salue fraternellement un équipage qui croit encore au papier, à l’imprimé, des babioles de ce genre. Bonne nouvelle donc, le dernier numéro de Service littéraire vient de paraître...

Un soir au Châtelet
On donne en ce moment au Châtelet Un américain à Paris, le chef-d’œuvre de Georges Gershwin dont Vincente Minnelli fit le film que l’on sait. Gene Kelly descend les Champs-Élysées comme un matelot faisant escale, il est heureux, la vie est belle. La coupe de son pantalon est simplement parfaite. Qui a donné à Dieu cette idée de créer Paris, un paradis sur terre ? On cherche encore la réponse. Ella Fitzgerald s’est elle-même posé la question, on pense à elle quand on entend redire pour la merveilleuse millionième fois « They Can’t take that away from me »...

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.