Macron, le nouveau JJSS

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 17/11/2016

La NRF, qui ne se trompe jamais dans ses diagnostics littéraro-politiques, affirme que Emmanuel Macron est l’héritier post-moderne de JJSS. Les enfants qui n’étaient pas nés à l’époque doivent savoir que JJSS veut dire Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui fut également inventeur de journal. L’Express était fait pour les lecteurs qui ne se voyaient ni dans la peau d’un socialiste, ni dans celle d’un notaire de droite. JJSS était leur Moïse. Quand il tournait la page de son hebdo, on croyait voir s’ouvrir les eaux de la Mer Rouge. On ne voyait pas ce qui pouvait arrêter une telle marche en avant. On lisait alors son grand livre : Le défi américain, et quand on y songe, on se dit que Donald Trump n’en a peut-être jamais rien su. Il est vrai que Donald Trump ne donne pas le sentiment d’ouvrir parfois un livre. Mais c’est peut-être une erreur.

Les temps ont changé. L’Histoire humaine avance comme un vieillard aveugle qui se cogne partout. La marche en avant électorale de JJSS s’est arrêtée d’elle-même. D’un seul coup. Dans une telle absence d’événement qu’on doutait qu’il y eût eu auparavant quelque chose plutôt que rien. Tel n’est pas le cas d’Emmanuel Macron. Il a annoncé sa candidature dans un garage, moitié destroy, moitié troisième gauche. Il promène sur l’assistance un regard de laser. Le président de la République actuel observe à la télévision ce Brutus à pattes d’oie qui le bafoue littéralement. Il y a deux mois encore, Macron n’était même pas né. Et voilà qu’il sonne à la porte de l’Elysée, un livre sous le bras. Le sien. Nul n’a oublié que Emmanuel Macron est un amateur de la philosophie de Paul Ricœur. Non pas son ancien assistant, comme il a été dit faussement, mais un simple correcteur d’épreuves, sans doute dans le cadre d’un contrat d’apprentissage.

Comment va s’appeler son livre ? Le mot France y figurera-t-il ? À la sauce Ricœur : Finitude et trente-cinq heures. Avec en sous-titre : France et société. Les vieux caciques de la politique néo-pompidolienne considèrent éberlués l’apparition de ce clone d’Harry Potter. Ils raillent, mais de peur. Il serait extraordinaire que la scène politique française étonne le monde, six mois après l’explosion de Donald. Qui sait ? Du haut de la Macron Tower, des dizaines de petits soldats s’apprêtent à verser de l’huile bouillante sur les railleurs inquiets. On s’agite, on s’agite, Monsieur Juppé, « droit dans ses bottes », commence à les trouver de plomb. C’est drôle, il y a encore trois jours, il se sentait des ailes. Et voilà que le vent fraîchit. L’angelot-laser Macron circule dans les airs. C’est tout neuf, c’est la France.

Michel Crépu

 

 
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