L’ETNA ENFIN

| Publié le : 18/02/2021

L’arrivée du printemps dans les lointains apporte avec elle une atmosphère de quasi joie. Les vaccins sont l’arme au pied, mais il y a désormais beaucoup mieux que la seringue anglaise ou chinoise. Il y a l’Etna. Le cher volcan a toussé hier comme on ne l’avait pas entendu depuis longtemps. Immédiatement, on comprend que ça ne plaisante pas. Les ruines de Pompéi ont toujours l’air d’avoir été carbonisées de la dernière minute. Une toux de l’Etna sonne comme une sorte de tocsin d’avant poste. Toute ne va pas s’écrouler tout de suite dans les braises mais il est bon que nous sachions à quoi nous en tenir. Les dieux qui nous observent en silence font ce qu’ils veulent. Inutile donc, de jouer au plus fin.

N’importe. Le moral n’est pas si glorieux que l’on puisse se permettre de faire les difficiles. Pensons plutôt à ces cavalcades de jadis, quand les jeunes gens dévalaient en chantant les collines de la Grèce bienheureuse en l’honneur du printemps. On les voyait se répandre dans les rues des villages, quêtant au passage pour un petit sou, un fruit, enfin quelque chose qui faisait plaisir. Les crachats de feu d’hier après midi remettent la vraie pendule à l’heure. C’est la puissance des forces naturelles qui nous font parvenir un message de soutien. Nous avons encore de la ressource, mais nous ressentons une fragilité, nous donnons l’impression de ne pas être au courant des grands changements. L’Etna s’agace de nos chi chis, il voudrait bien que nous fassions preuve de gaieté, de bonne humeur. Le ciel est bleu, la fumée qui monte dans l’azur est la meilleure nouvelle depuis plus d’un an. Nous étions à soupeser les risques du réchauffement climatique. L’Etna nous rappelle qu’un charbon de feu jailli des profondeurs peu très bien renverser la donne en moins d’une demi-heure.

Il y a quelque chose de très réconfortant à retrouver cette ambiance de catastrophe qui ne disait rien, dans son coin, guettant de l’œil les incendies à venir. L’éruption volcanique est une sorte de participation allégorique de la nature aux événements en cours. Dans la région des puissances telluriques, on tient à souligner que l’on ne prend pas les choses à la légère. D’un point de vue de pur narcissisme occidental, c’est pour ainsi dire gratifiant. On éprouve une sorte de fierté à inaugurer les printemps 2021 à coup de boulets flambants. A moins qu’il ne s’agisse des premières festivités en l’honneur du bicentenaire de la mort de Napoléon. Nul n’imagine que l’Empereur pourrait rester indifférent à l’espèce de gigantesque bataille d’Austerlitz cosmique qui se prépare.

Sinon la Chine ? Jean Michel Lou lui consacre un bel essai, du point de vue littéraire[1]. L’immobile silence chinois tranche sur les joyeux cris de la rue napolitaine. On a envie de tourbillon, de soirs illuminés. Il n’y a pas foule en matière d’Etna, sur les bords du Yang Tsé Kiang. Surtout à l’heure du couvre-feu. La Chine ne porte pas spontanément son suffrage aux jeunes exaltés napolitains qui se nourrissent essentiellement de poisson et de lumière. C’est Naples qu’il nous faut aujourd’hui, un volcan en pleine forme plutôt qu’un jardin solitaire ratissé par un ermite mélancolique. Au diable les ermites mélancoliques ! Réclamons une belle explosion pour ce soir. Du rouge en flammes voluptueuses, du noir de fumée carbonique, de la belle lumière qui nous prépare un printemps d’« enfer ». Ramène ta saison, Rimbaud ! On a besoin de toi.

[1] Jean Michel Lou, L’autre lieu. De la Chine en littérature, Gallimard, « L’Infini », 202 p., 19,50 €.

 

 
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