LES NOUVELLES AVENTURES DE L’ADJUDANT CASTEX

| Publié le : 15/10/2020

Hier soir à la télévision, Emmanuel Macron avait un peu l’air d’un aumônier sermonnant sa troupe de louveteaux indisciplinés. Physiquement, l’actuel président a changé. Plus trace sur son visage, de cet angelot mirifique qui nous avait fait penser à une version post moderne de Bonaparte. On pense si le vrai Bonaparte eût écouté la plainte des comédiens privés de théâtre ! Le président Macron que nous avons vu hier soir avait tout de l’homme qui déguste. « Nous en avons jusqu’à l’été » a-t-il lâché alors que nous étions encore à nous demander si Noël va être tenable. Soudain, un voile a semblé couvrir l’entretien du président : finies les hypothèses qui circulaient encore quant à une résolution rapide des choses avant la fin de l’année - à moins d’avoir un vaccin à trois mille dollars le gorgeon comme en use le président américain.
Ce qui prévaut désormais, c’est de savoir comment nous allons vivre à partir de six heures du soir. On dirait une colonie d’enfants débarqués sur une île déserte qui ne savent pas encore très bien comment on fait la cuisine. Qui va aller chercher du bois dans la forêt, qui va aller « au lait ». Le chef scout aux traits tirés explique le nouveau programme. Son canif pend à la ceinture, il va sûrement nous proposer des jeux éducatifs, des talents vont se révéler. On va inventer quelque chose avant la fin du monde. C’est toujours ainsi que les choses se sont passées, ici bas.
La France est une aumônerie dont il faudrait repeindre la façade. Elle a hérité d’un nouvel adjudant qui s’appelle Jean Castex. Tout le monde l’aime bien quoiqu’il semble peu peser dans les affaires de la République. Quand il parle, on entend un lointain roulement de tambour qui se rapproche du front. Le premier ministre est très 14-18, il n’a aucun humour mais c’est une raison supplémentaire d’estimer son sens de la dignité ministérielle. Le soir, quand il rentre du boulot, il s’éponge le front en ôtant son casque. Les esprits fins qui le daubent feraient mieux d’anticiper la troisième vague plutôt que ricaner. De toute façon, il n’y a plus d’esprit fin qui vaille dans ce pays. Par exemple, une page de Bernard Frank republiée aujourd’hui telle quelle serait illisible, alors qu’il y a trente ans, elle faisait l’enchantement hebdomadaire de ses lecteurs. Trente années de déroute intellectuelle, de mort de l’humour. C’est du propre.
En ce sens, l’adjudant Castex est tout à fait à sa place, sans bien le savoir lui-même. Mais c’est là sa chance : il ne sait pas où on va, mais il y va. Le saurait-il qu’il y aurait lieu de s’inquiéter. Mais non. Il regarde l’horizon où roulent des nuages couleur safran, ce qui est très mauvais signe. L’adjudant Castex ne bronche pas. Les retardataires du couvre-feu auront affaire à lui. Il vérifie l’état des gamelles, il cire son casque pour demain matin.  On ne saurait prendre une meilleure décision que celle-ci : foncer dans la nuit, en sifflotant une belle petite chanson de Charles Trenet.


 
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