Les aventures de Jupiter au pays des Français

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 11/05/2017

Le brigadier Chaloupot, de faction dans la Cour carrée, a cru voir surgir l’hologramme de Belphégor. Réveillé par les vivats qui montaient à mesure que s’approchait la créature, il a compris enfin ce qui se passait, tel le berger de l’évangile, touché par l’ange de Noël. Emmanuel, ne l’oublions pas, dans l’hébreu biblique, veut dire « dieu avec nous ». Allons, allons, cette venue des ténèbres à la lumière réconciliait l’enfant terrible de cette campagne, le « kid » comme on l’appelle, avec les grands usages de la symbolique républicaine. Hollande était athée normal cool, son successeur a prévu un budget cérémonie liturgique, mais en néophyte.

Mac the Kid, en douze petits mois à peine, a mis le feu à tous les étages de la bonne France française. Les vieux partis explosent comme des pétards chinois. Tiens ! le chapeau de Cambadélis ! Tiens ! la veste de Fillon ! Tiens ! le parapluie de Woerth ! Tiens, la chaussure de Marine ! C’était qui déjà, ces gens ? On ne sait plus, ils ne laissent pas de trace. Vous vous souvenez, vous, des années 2010 ??? Nous non. Tout cela a disparu en un éclair. Bienvenue dans le Macron world, mélange de start-up et de revue Esprit qui plaît déjà à Donald Trump. Comme tout cela va être amusant à observer, la montée au zénith des relations franco-américaines anti-poutiniennes. Mac the kid faisant du hors-bord à Miami avec Donald, dans un déluge d’écume à la Beach Boys.

Car le nouveau président se veut « jupitérien ». Il le déclare en décapsulant une canette, un peu à la manière voyou de Sarko, l’hystérie narcissique en moins. Cela fait une grosse différence. C’est ce qui ressortait du portrait présenté l’autre soir à la télé : voilà un garçon dénué d’anxiété quant aux fameux « effets ». C’était l’obsession de Sarko, sniffeur de sondages. Mac the Kid ne paraît pas sniffeur, mais terriblement aux aguets. Si vous deviez choisir un animal, nous demande Jean-Pierre Dandrelin : eh bien nous dirions le lynx. Espèce de renard sauvage qui sait guetter longtemps sa proie, impossible à rattraper ensuite. Dans le cas de Sarkozy, on disait : « il n’a pas de surmoi. » Dans le cas de Macron, on dira plutôt, il en a un, mais il s’en sert peu.

Nous autres de la NRF, avons regretté tout de même que le Musée du Louvre ait été confondu à ce point par les medias avec le Panthéon choisi par Mitterrand. Le Louvre, c’est Malraux, c’est le Musée Imaginaire, les œuvres, les tableaux, témoins invisibles, mais bien là. Jupiter-Mac the Kid parlait en face de l’arc de triomphe du Carrousel que domine le char napoléonien, quadrige vénitien des chevaux de saint Marc édifié à l’époque sous les ordres de Vivant Denon pour célébrer Austerlitz. Mais les medias ne voient pas si haut, ni loin, ce n’est pas de leur faute, on ne peut pas être partout, au xxie siècle et au xixe. Nous aurons quand même une pensée émue pour les grands stratèges de la scène politique française, ceux qui n’ont rien vu venir et faisaient la leçon sur les plateaux. « Voir venir », c’est tout un art. Surtout quand il s’agit d’une évidence. Mais les évidences, comme chacun sait, ne se montrent pas.

Michel Crépu.

 
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