Le vieux Dieu

Le vieux Dieu
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 11/03/2021

Comme dirait Philippe Sollers dans Légende, son dernier livre : « le vieux Dieu est mort ». Cela, du reste, nous le savions déjà depuis un moment. Depuis Zarathoustra et ce brave Nietzsche, toujours là quand on demande un volontaire. Simplement, on dirait que quelque chose, dans l’air, ne ressemble à rien de connu. Analogue à la sensation qu’on imagine ressentir quand le sable de Mars nous coule entre les doigts. Imagination enfantine, on fait ce qu’on peut pour tenter de situer un peu les choses.

Le problème est qu’il n’y plus de « choses » proprement dites. D’ailleurs, Sollers précise que le nouveau Dieu ne « veut rien » de spécial. Ce qu’il veut, c’est rien. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, demandait l’oncle Heidegger ? Maintenant, il vaut mieux dire : pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ? C’était merveilleux de passer des nuits entières à tenter de répondre à ces vaines questions. On s’est disputé là-dessus, avec le sentiment que même si rien de tout cela n’était compréhensible, il n’en restait pas moins vrai qu’il se passait quand même quelque chose… Tout bonnement, cet état était rassurant. Il n’y avait rien de plus agréable qu’une soirée entre amis à spéculer paresseusement sur les chances de la destinée humaine. Que l’on se souvienne seulement des envolées de Jean-Paul Sartre : tout de même, c’était quelque chose. C’est bien le cas de le dire.

Ce qu’il y a d’étonnant dans Légende c’est que Sollers paraît disposer d’un petit vélo qui nous rappelle les vieux Motobécane de notre enfance. L’époque où l’on partageait son temps entre les livres et les collines resplendissantes, aux alentours de Vézelay, dans la merveilleuse Bourgogne, le dernier endroit à nous avoir chuchoté un secret de beauté. Car il n’y a rien d’autre à discuter, en définitive, que cette question de la beauté qui passe à travers les saisons de Vivaldi à la vitesse d’un cheval au galop. « Le vieux Pape de la vieille Église sait qu’il marche au milieu des ruines », écrit encore Sollers. Le locataire du Vatican, nous l’avons vu la semaine dernière enjamber les derniers cadavres d’enfants qui jouaient à la balle. Vivaldi, au loin.

Le pape est gonflé de sortir à l’air libre, enfin, ce qui reste d’air libre. Un « pari », a dit quelqu’un . Peut-être, oui. Le oui du culot transcendantal qui n’a rien inspiré de spécial aux « réseaux sociaux » qui ne savent pas grand-chose. Les ruines, ne sont pas seulement celles de Daech. Ce sont aussi les morceaux brisés qu’Henri Michaux écoutait se disloquer dans son crâne. C’est assez ce qui arrive à François, désormais. Les empires ne sont plus que des souvenirs du temps du vieux Dieu. L’important, c’est d’arriver à prendre une bonne photo de tout cela. Celle que nous livre Sollers, post pandémique, renvoie une lumière de planète Mars, qui devrait marquer un signe d’évolution mystique incontestable. On s’en souviendra.

Michel Crépu

 
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