Le cas Brassens

Le cas Brassens
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 28/10/2021

Centenaire de Georges Brassens ? C’est un peu comme si l’on envisageait de l’installer au Panthéon avec une petite chaise en osier pour caler la guitare. Les archives nous font revoir ce bougon à pipe, anarchiste parisien de la plus pure eau. Brassens, aujourd’hui, n’a rien perdu de sa marque personnelle. On en revient pas d’une telle indifférence au « star system » qui fait de Brel, à côté de lui, un Maurice Chevalier. Y a-t-il un message ? Non, pas vraiment. « Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… » suffit à inscrire une manière de conduite. Détestation de tout ce qui constitue l’armure bourgeoise, de l’armée à l’église. Mais détestation cachée dans la pipe et les paroles. Personne n’a jamais vu Brassens en tête de manif ni saluer l’armée rouge depuis le balcon du Kremlin. Une chanson de lui s’intitule, ironiquement, « mourir pour des idées ». Quelle idée, mourir pour des idées ! Brassens, au contraire de Ferrat, n’« affiche » pas. Il est comme ça, voilà tout. Peut-être, mourir pour une idée, vaut-il la peine quand même ? Certains n’ont pas attendu la fin du match pour aller à Londres direct, en juin 1940. Ils étaient prêts à mourir pour des idées. Ils n’en ont pas fait un plat. Brassens a-t-il quelque chose à ajouter sur ce point ? Bah.

Mais surtout, il y a que Brassens est tout simplement et complètement un poète. Un extraordinaire rimailleur. On savait « Les copains d’abord » par cœur dès la première audition et tout le reste est allé de même. « Auprès de mon arbre », « Je me suis fait tout petit ». Il existe une interprétation de tout Brassens par la voix d’une petite fille de dix ans, qui laisse pantois devant la fraîcheur du prétendu bougon. Il suffit d’écouter la cascade versifiée, coulant dans l’oreille comme de rien. Comment travaillait-il ? Comment est-il devenu Brassens, de quelle source ? Peut-être suffit-il d’écouter ce menuisier de la complainte pour entendre de plus près le génie poétique à l’œuvre. Génie de la langue, toujours là, longtemps après les modes. Il y a du Villon là derrière. On le voit, sur certaines photos, assis entre Brel et Ferré, des géants. Brassens n’est pas un géant, il lui suffit d’avoir la guitare à portée de main et traverser les années comme de rien. Tous derrière et lui devant.

Michel Crépu

 
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