L'évitement. Élections régionales

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 16/12/2015

Pyrrhus lui-même n’aurait pas voulu de cette victoire. Regain sublime de République ou au contraire peur panique à la vue, soudain, d’une énorme connerie qui pourrait déboucher sur le chaos, la guerre civile. Les deux bien sûr, ce qui rend si délicate l’autopsie de ce résultat surréaliste. La France joue à se faire peur, puis brusquement, elle efface tout. Après le délire, la raison. Après la tentation nihiliste, le retour aux valeurs. Que veut la France, à la fin ? Xavier Bertrand a eu une certaine justesse de ton, dans sa modestie d’homme politique sonné. Il s’est rendu compte qu’il n’était pas propriétaire de ce vote revenu de nulle part. À peine s’il accepte, du bout des lèvres, d’y être un peu, si peu, pour quelque chose. L’ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy sauvé des eaux par un quarteron d’écolos, d’archéo-communistes et de quelques « républicains » de son parti. On serait humble à moins.

Ce vote ressemble à une ligne Maginot de secours, un empilement de bric et de broc destiné à barrer la route au sanglier FN qui fonce. Le sanglier forme un tout indivisible. Il ressemble au porc que décrit Claudel dans Connaissance de l’Est : pas de cou, une force qui va devant. Il faut entendre comment résonne, dans la bouche de Marion Maréchal Le Pen, le mot « exalté » – elle parle de son amour de la France « exalté ». Le mot « exalté » n’appartient pas au discours de l’amour, c’est peu de le dire. Et Marion Maréchal Le Pen ne manque pas d’en apporter la preuve quand elle le prononce. Elle donne envie de fuir à l’autre bout du monde.

D’un côté donc, le sanglier ; de l’autre, à peu près n’importe quoi. Pas de vision, pas de projet. Rien qui ressemble au « nous pouvons y arriver » d’Angela Merkel expliquant à son parlement qu’elle n’a pas l’intention de fermer sa frontière aux réfugiés, mais qu’elle a aussi l’intention d’assumer jusqu’au bout cette responsabilité. Un tel propos est proprement inimaginable en France. Merkel prouve que la non-peur rend responsable et intelligent. C’est la peur qui rend bête. En France, nous vivotons des grandes peurs comme ces insectes qui se nourrissent de détruire les nobles charpentes en croyant « bien manœuvrer ».

Encore une chance que le sanglier fasse barrage à lui-même. C’est l’équation insoluble pour Marine Le Pen : pour rompre le barrage contre lequel elle vient buter, il faudrait qu’elle soit aimée par d’autres que des membres de sa tribu. Ce n’est pas le cas pour l’instant. Quelque chose, comme dit Giono dans Le moulin de Pologne, « mouille la poudre ». Le dernier coup décisif ne part pas. Il fait flop. Pour combien de temps encore ? Personne n’imagine sérieusement que le barrage va servir de nouvelle colonne vertébrale politique. Il n’a servi qu’à éviter la catastrophe. Ce barrage ne vaut rien, sinon à se gaver d’illusion sur la suite. Il est une sorte de cache sexe incongru, sans nulle crédibilité. Un médicament hors norme qui ne sert qu’une fois. On n’appellera pas cela faire de la politique au sens où la pratique Angela Merkel. Appelons plutôt cela un réflexe de survie morale, instructif sur l’état d’esprit qui est le nôtre.

 

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Au théâtre ce soir Au théâtre ce soir
La pièce a-t-elle commencé, ou bien sommes-nous encore en répétition avant la générale ? À l’heure qu’il est, nul ne saurait dire qui joue le rôle de qui. Qui est M. Zemmour qui vient d’arriver sur le plateau ? Quand on lui pose la question, il répond en se référant au brave vieux RPR des années 1970-1980. Cela ne parle qu’aux intéressés qui ont connu cette époque, les autres demandent s’il s’agit d’un crustacé d’espèce non encore répertoriée.

Mbappé marque un livre Mbappé marque un livre
On annonce la parution prochaine, en « auto-édition », d’un « roman » du footballeur Kylian Mbappé. L’avocate du joueur précise qu’il s’agit d’un livre graphique qui sera dessiné par le dessinateur du journal L’Équipe et inspiré par Mbappé lui-même et plusieurs membres de sa famille. Le livre s’appelle Je m’appelle Kylian et il raconte les difficultés qu’il a eues à surmonter pour devenir une star mondiale. Cette parution, sous l’emblème éditorial de KM éditions, sera sans doute suivie d’autres parutions traitant de la vie et des aventures du chevalier Mbappé.

Abdulrazak Gurnah au Nobel Abdulrazak Gurnah au Nobel
C’est presque un rituel que cette nomination du Nobel de Littérature, qui prend toujours à revers les paris du petit milieu littéraire. Donc cette année l’écrivain tanzanien Abdulrazak Gurnah, l’auteur d’Adieu Zanzibar* et de Paradis**, parmi d’autres recueils de nouvelles où l’auteur excelle à saisir les traces de l’âge colonial. Cela pour le résumé d’une silhouette que l’on se réjouit de mieux connaître, le plus tôt sera le bienvenu.

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.