L'affaire Grégory : un peu de Satan dans l’eau froide

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 12/07/2017

Le « petit juge » Lambert a mis sa tête dans un sac plastique et il a quitté ce monde. Nous aurions oublié jusqu’à son nom si les progrès technologiques n’avaient pas rattrapé le « petit juge » par la manche. C’était l’époque où Marguerite Duras trouvait que Christine Villemin avait une allure de criminelle à la Euripide. Tout le monde se passionnait pour le destin du petit Grégory, jeté pieds et poings liés dans la Vologne. Le petit juge, dont c’était la première affaire, occupait la tribune. La vérité parlait par sa bouche et quand la vérité parle, on l’écoute.

Dieu seul sait combien de sottises ont été écrites sur cette affaire. Le petit juge trouvait que la notoriété avait un goût étourdissant et délicieux. Il en reprenait, il en redemandait. C’était une spirale sans fin. On ne s’en rendait pas compte, mais il n’y avait personne dans la cabine de pilotage. Rien d’autre qu’un étourdissement à l’échelle de la société toute entière.

Les années ont passé. Le petit juge a poursuivi la carrière d’un raté, écrivant de mauvais livres, stigmatisé jusqu’à la fin des temps. L’« affaire Grégory », tel un vaisseau fantôme, a poursuivi de son côté sa trajectoire de ténèbres. Et voici qu’un peu de lumière surgit peu à peu. L’éclat de cette lumière a la dureté d’un diamant. Dur comme la jalousie dont on a le droit de penser qu’elle aura été, depuis le début, le diable en personne. Bernanos lui-même aurait jeté l’éponge devant ce théâtre d’ombres terrifiantes. Le pauvre « petit juge » n’y aura pas résisté.

Michel Crépu

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Julien Green, un petit rire derrière la porte Julien Green, un petit rire derrière la porte
Une vie de lecteur se compose de rencontres qui finissent par trouver leur place dans le long cortège des livres lus, retenus, aimés. Une certaine hiérarchie y impose ses choix, avec le temps. Il y a ceux du premier rang, et il y a ceux du second. Un troisième rang est même prévu, on peut y déjeuner pour pas cher, parfois mieux que dans certains endroits plus réputés. Il faut toujours vérifier par soi-même. Le Journal de Julien Green était du premier rang.

Un jour de pluie à Paris
Personne n’a oublié l’inoubliable Anthony Perkins du Psychose d’Alfred Hitchcock, mais qui n’a pas oublié les romances de l’acteur, au temps bienheureux des premières sixties, lorsqu’il chantait L’automne à Paris ? Il n’est guère que notre merveilleux Woody Allen pour lever la main, à l’énoncé du nom de Perkins chanteur. Un jour de pluie à New York, titre de son dernier film nous ramène à cette musique si charmante et profonde qu’on entend aussi bien au coin de certaine page du roman tout récent de Patrick Modiano, Encre sympathique.

Patrick Modiano, un skieur glisse sur la neige
Il n’y a pas de moment plus magique, dans un roman de Modiano : c’est quand le narrateur, épuisé d’avoir en vain tant questionné les autres qui pourraient l’aider sur sa trajectoire, s’entend dire : « lui-même », dans la bouche de cette personne qu’il cherchait justement depuis des jours. Ici, dans ce dernier roman, M. Molllichi pourrait donner à son interlocuteur une bribe de clé, un bout de téléphone, un simple souvenir qui concerne Noëlle Lefebvre. C’est elle qui est au centre de l’enquête, et qu’on aimerait tant la voir pousser tout à coup la porte du bistro…

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.