Joe Biden, humilité, élégance

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 12/11/2020

 L’actualité américaine nous étonne par sa façon de remonter à travers les années. L’épisode Trump est-il à peine refermé que la silhouette de Joe Biden occupe désormais le cadre. Il serait difficile de trouver symétrique plus inversé : Trump était vulgaire et menteur, Biden est élégant et humble. Il pourra servir de modèle d’instruction à tous ceux qui aspirent à faire carrière dans la politique. Ce ne sera pas très difficile, car Biden n’est pas un acteur complexe. Ce qui domine, chez lui, c’est un effet de clarté. Une telle clarté, il faut probablement remonter à Jimmy Carter pour en trouver un équivalent : la révérence religieuse, naturellement, en est le premier élément. Comme une évidence. Carter l’illustrait presque avec naïveté. Biden y apporte une touche supplémentaire de souci des enjeux politiques où l’on voit qu’il peut faire autorité – ce qui n’était pas le cas de Carter.

Tout le monde a ainsi été frappé par le nouveau président allant se recueillir sur la tombe de son épouse décédée dans un accident de voiture. Ce qui était frappant, ce n’était pas que le président Biden accomplisse un tel geste, mais qu’il le fasse aussi naturellement que possible. Comme une habitude. On se croyait soudain à la fin d’un chapitre de Middlemarch par George Eliot, ou d’Henry James, quand les personnages sortent de la chapelle dominicale, quand on sent le roman nous imprégner de son atmosphère, de sa profondeur, de son charme. Une telle sensation, nous ne pensions pas la retrouver aussi forte avec le nouveau président, aussi peu abimée, finalement. Non que Biden ait l’allure d’un acteur d’autrefois, mais parce qu’on s’aperçoit, à la faveur de cette élection inouïe, d’une permanence américaine. L’être démocratique américain n’est pas mort. Les soixante dix millions qui ont voté pour Trump ont d’abord avoué (quasi malgré eux) par là qu’ils continuaient à croire dans cet « être américain ». Il n’y a pas eu d’insurrection, les armes n’ont pas parlé et l’actuelle embrouille post électorale de contestation des résultats est aussi une manière (contrariée, il est vrai, mais quand même) d’avouer un tourment qui touche à l’essentiel américain et demeure une affaire de voix. Chaque voix compte, cela s’apprend à la lecture de la Bible. Et c’est finalement la voix qui a le dernier mot.

Joe Biden le sait et l’on voit bien, à l’entendre, que c’est là le point décisif. D’où l’humilité : une attitude spirituelle qui pose d’abord, avant toute autre proposition, un acte de révérence. Il est essentiel que nul ne s’approprie ce qui revient à Dieu. On touche ici à la grande tradition mystique du monachisme occidental qui parlait encore dans la bouche des admirables grands pasteurs puritains du XIXe siècle américain. Une sorte d’orgueil de la foi, sachant ce qu’elle veut, capable en même temps de mettre le genou en terre quand il le faut. Biden a hérité de cette fierté de l’humble, dont il faut souhaiter qu’elle nous donne de beaux fruits. C’est ce qu’il nous apporte de plus précieux alors même que l’on se relève à peine d’un bain de folie. Et tout cela dans l’élégance. L’élégance, comme souci de ne pas peser. A la manière des grands couturiers qui cherchent toujours l’équilibre des formes, à donner à leur créations un sens de l’envol, de la non pesanteur.

 

 
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