Jean-Paul Belmondo. L’homme qui ne savait rien

Jean-Paul Belmondo.  L’homme qui ne savait rien
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 09/09/2021

Qui a dit cela de Belmondo ? Jean Pierre Marielle ? Jean Rochefort ? Michel Audiard ? Belmondo pour qui vivre, c’était vivre des choses « marrantes ». De tous les grands artistes du cinéma, il était le plus affranchi, le plus ouvert aux vents qui circulaient autour de lui. Pour une fois, l’expression est respectable, on peut dire que Belmondo était un homme libre. Comme cela pouvait se sentir en public, quand il avait à faire « aux autres » ! Pas de « discours » larvé, pas de petites stratégies. Il était pour passer une bonne soirée avec des potes, bavarder un soir avec une jolie femme, ne pas avoir une idée derrière la tête. Le sujet Belmondo et les femmes est très intéressant. Il n’est pas un séducteur (c’est lui qui le dit), la séduction est un taillis d’épines pour lui, il se trouve toujours dans la peau d’un ado de Truffaut : aimant monter des coups, pourvu que ce soit marrant. Avec les femmes, c’est un tout petit plus compliqué, mais Belmondo se sent bien dans sa peau de Belmondo. Cela plaît, on en profite. On ne saurait dire qu’il avait le sens du tragique. Sans doute est ce la raison pour laquelle il s’est si bien entendu avec Godard. Situer un certain espace pour la caméra et hop. Sur le tournage de Pierrot le fou, il demande à Godard : « et là je dis quoi ? » Et Godard : « rien, ce que tu veux ». Jamais on n’a vu être aussi flottant, léger, vis-à-vis du sérieux, de l’intentionnel. Très léger avec la mort. Il ne sait rien, et justement, cela n’a pas de prix.

Il y a des milliers de kilomètres entre un film comme Léon Morin, prêtre (Melville) et Le Professionnel (Georges Lautner), entre La Sirène du Mississipi (Truffaut) et L’Homme de Rio, entre Les Tribulations d’un Chinois en Chine (Philippe de Broca) Stavisky (Resnais) ou Pierrot le fou (Godard). Belmondo aime jouer parce que c’est marrant. C’est aussi la différence avec Delon, qui se vit comme un solitaire. Belmondo est un comédien, Delon un acteur. Ce duo constitutif de l’« esprit » français devrait servir de sujet d’études aux chercheurs de Science Po. On ne s’en lasse pas. Comment a-t-il appréhendé l’imminence de sa mort ? On aimerait bien le savoir. C’est bien d’avoir profité de la respectueuse désinvolture de ce joueur au dessus u vide. Le comédien « ne se la joue pas » mais il s’amuse et amuse la salle, c’est très fort. C’est Belmondo. Pas de cabotinage, en dépit de tout. Le cabotinage, c’est se prendre au sérieux sans s’en rendre compte. C’est donc être ridicule. Belmondo est toujours prévenu à temps, au-dedans de lui-même, par une petite sonnerie intime qui l’avertit d’un risque de ridicule. Il aime le théâtre comme il aime traverser une corde à 40 mètres de hauteur. Risquer sa peau, c’est autre chose que faire le gangster devant une caméra. Mais le comédien est aussi un funambule quand il traverse le vide sans être sûr d’arriver de l’autre côté de la phrase. Le funambule fait qu’on donne du prix aux actes, pour rien. Et il se marre.

Michel Crépu

 
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