HOLD UP, LA FETE AU VIRUS

| Publié le : 19/11/2020

 Nous n’avons jamais autant parlé de mensonges et de contre-vérités que depuis que les idéologies sont mortes. C’était une quasi obligation morale de proclamer partout qu’il n’y avait rien de pire qu’une idéologie, sorte de monstre se nourrissant du besoin de vérité comme d’autres ont besoin d’aller aux toilettes. Inutile de revenir ici sur les désastres du XXe siècle à cet égard. Le rideau se lève aujourd’hui sur un champ de ruines, l’ancien décor sublime d’où l’on promettait le rasage gratis. Les Lumières assuraient le courant, comme le gaz, à tous les étages. C’était merveille d’assister à cette émancipation de l’esprit humain après tant de marche dans les ténèbres. Tout cela n’est plus que ruine et cendre. Là où régnaient la connaissance et l’esprit, c’est maintenant le triomphe de l’imbécillité, une véritable fringale de procès, une orgie de la dénonciation. C’est ce que l’on voit dans ce « film » (le guillemet est nécessaire) : Hold up où l’auteur, un certain Pierre Barnieras, prétend montrer que l’actuelle Pandémie n’est rien d’autre que la mise en œuvre d’une mise sous tutelle des pauvres êtres humains que nous sommes. De la chair à pâté pour dictateurs n’ayant que faire des principes moraux de la réflexion : à la place des bribes d’argumentaires taillés à la va comme je te pousse, dans le plus parfait mépris d’un minimum de règles du jeu intellectuel. On ressort de là (le film est visible en ligne seulement) ahuri par tant de cynisme et de culot. Au moins, au temps des idéologies, l’on avait à cœur de citer Marx ou Hegel, c’était un exercice de la pensée. Comme tout cela est loin ! Comme on aimerait à nouveau réfléchir ! Mais il est tard, trop tard, peut-être.

Un invraisemblable cortège de pantins composent la troupe qui anime le film. Cela va de Philippe Douste-Blazy à Monique Pinçon-Charlot, sociologue bien connue, en passant par Sophie Marceau et bien d’autres encore que tout le monde reconnaît dans la rue. Mme Pinçon-Charlot ne craint pas d’établir un parallèle audacieux avec les nazis ordonnateurs de la Shoah et les méchants médecins qui trouvent à redire aux thèses de M. Raoult : ce n’est pas la première fois que des gens conceptuellement distingués franchissent le pont qui donne le feu vert au négationnisme en établissant la culpabilité du grand capital, ici incarné par les autorités de la santé publique. Mme Pinçon Charlot est bien embêtée de voir son négationnisme pendu à la fenêtre comme du linge qui sèche : la pauvre n’a pas vu venir et comment effacer maintenant une tache qui va rester ?

Ce qui stupéfie, dans cette extravagante entreprise, c’est le cynisme, le jean-foutisme avec lequel elle s’accomplit. Autant on eût été preneur d’une analyse après-coup de la manière dont la crise pandémique a été gérée par les responsables, autant on ne peut qu’être sidéré par ces rapprochements qui se donnent comme autant de preuves à la démonstration du complot. Complot ! Le grand mot est lâché, il fait entrer sur scène le diable nécessaire. Il y a du monde pour assister au procès et l’on ne manquera pas d’applaudir aux châtiments qui se préparent dans l’ombre. Les fameux réseaux sociaux qui sont les vrais « producteurs » de Hold up sont les nouveaux inquisiteurs : d’un côté la crétinerie, de l’autre la fureur d’assouvir cette fringale de coupables. Nous n’avons encore rien vu. On demande au metteur en scène, Pierre Barnieras, où va cette machine infernale, il répond « qu’il n’en sait rien ». On se croirait en plein Bernanos. C’est l’apothéose de la bêtise déguisée en justicière, faisant feu de tout ce qui lui passe entre les mains.

Il paraît que Hold up est un triomphe. On s’y précipite comme dans 1984 d’Orwell, les ados se régalent d’assister à la « journée de la haine ». Hold up ne transmet rien d’autre qu’une jubilation de haine, sans plus aucun scrupule. Pourquoi éprouverait-on du scrupule à déformer, à mentir, alors même que la foule réclame qu’on lui livre de nouveaux coupables ? N’est-il pas éminemment jouissif de siéger au tribunal de l’Histoire ? La voie est libre, le réseau social résonne des joyeux cris de la meute en folie. C’est la fête au virus.

 

 
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