EN RONDE AVEC L’ADJUDANT CASTEX

| Publié le : 18/12/2020

L’adjudant Castex fait sa ronde dans Paris désert. Il possède un gros sifflet en bois. Il chausse d’énormes souliers noirs, aux lacets de cuir. L’Etat commence là. Après, peut-être, un képi chamarré. Les retardataires du couvre-feu n’ont qu’à bien se tenir, le sifflet de l’adjudant sait où se cachent ces petits misérables qui croient pouvoir ruser avec l’Etat. Quand il embouche son gros sifflet, on l’entend jusqu’au zoo de Vincennes, au pavillon des singes et des lions. Ce qui est émouvant avec l’adjudant, c’est sa loyauté, son absence de calcul, de recherche d’effets. Il est la loyauté même, quoiqu’il lui en coûte. Il faut croire que l’adjudant a du nez, vu les progrès qu’il fait dans les sondages. On s’en réjouit. Pour une fois que l’ordre du loyal prend la main sur les misères du petit calcul politicien. L’adjudant Castex n’ que faire des railleries qui le daubent. Emouvant encore, l’autre jour, quand il ne retrouvait plus sa paire de lunettes au moment d’annoncer aux français qu’ils allaient en baver. On aurait dit un rush oublié de Buster Keaton. Il ne faut pas compter sur l’adjudant pour faire retirer une contravention. D’ailleurs, il n’y a plus de contreventions au sens ancien du terme, de l’époque d’avant Covid. Quand on pouvait négocier avec une « pervenche », compter sur la clémence du père Noël. Tout cela est terminé. L’ordre qui règne est numérique, il ne connaît personne que le développement de sa rigueur intrinsèque.

Mais depuis hier, l’adjudant est en alerte maximale. Un hallebardier du palais a prévenu les importuns que le président était au lit, terrassé par les fièvres de la pandémie. A l’heure qu’il est, le président guette à la fenêtre de son refuge un signe de présence amie. Mais personne ne vient. Les ordres sont formels. Le président Macron s’aperçoit qu’il a trop mouillé sa chemise durant ces fameux meetings de la campagne électorale. Tout cela est bien loin. Tout n’est désormais plus qu’incertitude, anxiété, recherche fébrile d’un appui qui ne vient pas. Seul dans sa chambre où passèrent tant de héros, du général De Gaulle à André Malraux, le président Macron peut méditer sur les causes de la grandeur et de la chute de l’empire romain. C’est le meilleur moment pour aller au fond des choses au lieu de les distraire avec des tours de magie. Les magiciens sont priés de rester chez eux, on les préviendra en cas de besoin. Pour le reste, place à la vérité rêche, au gros tricot de laine maritime. Le président peut désormais toucher du doigt ce qui lui manquait jusqu’ici : un sens de la rudesse qui ne veut pas qu’on lui raconte des salades. L’adjudant Castex est là qui veille au grain pour le rappeler. L’adjudant est un memento mori perpétuel qui ne permet même pas au président de se la jouer roi qui dialogue avec la mort. « Brosse plutôt tes chaussures ! » lui dit l’adjudant, le matin, quand il pousse la porte. Une paire de souliers qui brille a plus d’importance que la signature d’un accord avec l’Angleterre.

Qui sait quand cela finira-t il ? Les vieux jardiniers de la Lanterne qui se souviennent encore du général opinent gravement du chef. Nous allons bientôt fêter notre première année de détention. Le temps passe vite malgré tout. Qui l’eût cru, il y a un an, que nous allions devoir nous faire à l’idée qu’il n’y a plus de maître dans la maison ? Dans la Chine ancienne des grandes villes, un homme jouait la nuit du tambour pour les éloigner les loups et les lions du désert. L’adjudant Castex devrait faire la même chose. A l’approche de son pas grave, place de la Concorde, on se retirerait sous la couette. On aurait du respect pour cette loyauté qui fait tenir encore debout ce qui mérite de l’être.

 
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