David Bowie Peter Pan de la pop et de bien d’autres choses encore

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 15/01/2016

On ne peut qu’admirer le doigté avec lequel la Providence organise les disparitions récentes, toutes emblématiques du rayon musical : Michel Delpech, puis Pierre Boulez, puis aujourd’hui David Bowie. Du grand art, vraiment. Ne nous amusons surtout pas à deviner la suite du menu, on ne joue pas avec ces choses-là. Évitons aussi, dans mesure du possible : la puissance planétaire de la musique, comparée à tout le reste. Dans le cas de Bowie, l’événement a concerné jusqu’aux Martiens qui écoutent beaucoup ses disques, dans le silence des constellations. Ce qui est intéressant, dans le cas de Bowie, c’est finalement la difficulté d’identification. Rock ? Pop ? Surrealistic pop ? Transpyschédélique ? Quoi d’autre ? Mettez Keith Richards à côté de Bowie : vous avez la réponse. D’un côté les racines du blues ; de l’autre, on ne saurait dire. Bowie tenait de Peter Pan, d’une imagerie dandy terriblement british mais sans référence explicite. L’homme a tant joué avec les codes identificatoires qu’on eût aimé (et lui-même sûrement) apparaître soudain comme un jeune cadre légèrement supérieur. L’un de ces husbands qu’on voit dans les anciennes publicités, regarder la télévision en famille. Bowie ne s’est jamais véritablement reconnu dans la sphère rock stricto sensu, la sphère qu’occupent désormais les deux derniers géants absolus que sont Mick Jagger et Paul McCartney. Bowie n’était pas de cette mythologie. On n’imagine pas ce précieux soulever tout un stade de 200 000 personnes à lui tout seul. La préciosité ambigüe, le jeu avec la référence sexuelle illocalisable ne pouvaient vraiment se déployer que dans une sphère plus restreinte, plus délicate et en même temps plus sauvage (on a d’ailleurs fait observer qu’il ne vendait pas tant que ça des disques). Ah, c’est compliqué. Car Bowie était bien un personnage planétaire. L’annonce de sa mort a sonné les fans au Japon, un peu partout around the world. Au fond, Bowie avait quelque chose de terriblement pop mais ayant lui-même mis la main à la confection d’un personnage hors catégorie. On appelle cela en général, tout simplement, un artiste. Il a créé son personnage, lui donnant même une espèce de version littéraire, disons plutôt esthétique comme on ne le dirait pas des rocks stars. Personne ne penserait à parler d’une esthétique Rolling Stones même s’il y a un « look » Stones. Mais ce n’est pas la même chose. Bowie n’est pas dans le « look » ; il est un démiurge qui a traversé quarante ans de rock, de swinging London et bien d’autres choses encore.  Sur Mars, l’émotion est à son comble.

Michel Crépu

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Patrick Modiano, un skieur glisse sur la neige
Il n’y a pas de moment plus magique, dans un roman de Modiano : c’est quand le narrateur, épuisé d’avoir en vain tant questionné les autres qui pourraient l’aider sur sa trajectoire, s’entend dire : « lui-même », dans la bouche de cette personne qu’il cherchait justement depuis des jours. Ici, dans ce dernier roman, M. Molllichi pourrait donner à son interlocuteur une bribe de clé, un bout de téléphone, un simple souvenir qui concerne Noëlle Lefebvre. C’est elle qui est au centre de l’enquête, et qu’on aimerait tant la voir pousser tout à coup la porte du bistro…

Woodstock et après Woodstock et après
La fin de l’été a vu célébrés les « cinquante ans » ans du festival de Woodstock. « Trois jours de paix, de musique et d’amour » : c’était le beau temps où les enfants de la Beat Generation écrivaient « free your mind » au revers de leur cartable. « Ouvrez votre esprit ». Que sont-ils devenus ? Les bons apôtres ne manquent pas de dresser le requisit impitoyable d’un naufrage de la civilisation humaniste occidentale, point d’orgue d’un long effondrement au travers duquel se glisse déjà le hideux visage de Charles Manson, assassin de Sharon Tate.

Qui a peur de Boris Johnson ? Qui a peur de Boris Johnson ?
Boris Johnson a beaucoup en commun avec Donald Trump, moins le temps nécessaire à incarner Boris Johnson que n’en avait Trump pour devenir Trump. Qu’a-t il en commun ? Quelque chose qui, devant les événements de la vie politique, se résume à peu près à la formule : « rien à foutre. »

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.