Cyril Hanouna, nouveau barbier de Séville

| Publié le : 24/01/2019

En prenant un léger recul, on trouve que Cyril Hanouna, animateur sur la chaine C8 de l’émission Touche pas à mon poste, ressemble au barbier de Rossini. Il en a la rondeur, la faconde et d’ailleurs le fil de sa propre barbe en fait preuve. On s’écraserait déjà à l’Opéra Comique à l’annonce d’une reprise du célèbre opéra avec lui dans le rôle-titre. L’actualité française courante est faite de ces brusques jaillissements qui allument les feux de la rampe. Faute de pouvoir nous appuyer sur de solides principes vieux comme les chênes de la forêt de Sherwood, nous nous jetons sur la scène, à qui chantera le plus fort, dans l’espoir que cela crée un précédent. Rossini revu par Hanouna sur fond de gilet jaune pourrait en être un. Surtout si, en supplément, nous avons le duo, complété par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes. Quoi ? Comment ? Un ministre encore plus bas que chez Laurent Ruquier ? Les échelles de hiérarchies cathodiques explosent. « Aller chez Hanouna » donne à Thierry Ardisson l’allure d’un professeur au Collège de France qui ne laissait pas de faire penser à un Mirabeau du sondage de popularité. On est toujours la réplique de quelqu’un d’autre, lui-même réplique de, etc. Marlène Schiappa pourrait devenir ainsi la Madame de Staël du tout médiatique, avec Talleyrand dans l’ombre, prêt à diriger la manœuvre. Cool.

Marlène Schiappa ne voit pas pourquoi elle ne « co-animerait » pas la célèbre émission avec le barbier de Touche pas à mon poste. Elle l’avance sans trembler, devant un banc de sénateurs (au sens métaphorique) enveloppés de moumoutes anti-grippe et criant au sacrilège. La ministre répond qu’elle ne veut pas « mépriser » les gens et qu’il faut aller chercher les fameux gens « là où ils sont ». Mieux vaut le marais fétide mais en contact avec « les gens » que rien. Le banc des sénateurs reste muet. Il ne s’attendait pas à cette accélération de l’histoire qui fait trembler les lustres. On était entre soi et voilà que les fenêtres claquent et que le pompier de service a été réquisitionné plus loin. Qu’allons-nous devenir si même le pompier de l’Opéra est aux abonnés absents ? Naturellement, les choses seraient plus simples si les « gens » étaient bien là où l’on croit qu’ils sont. L’illusion cathodique nous persuade qu’ils sont chez M. Hanouna, ce qui n’est qu’une image, une de plus. M. Hanouna sait qu’il n’est qu’une image comme le barbier de Rossini s’esclaffe du petit monde qui tourne autour de lui. Il n’est pas comme le joueur de flûte de Hamelin qui emmène tout le monde dans les profondeurs du néant. Il opère à visage découvert. Il ne cache rien, sa vulgarité est d’un ordre spectaculaire, de bête de foire, tandis que les lampions observent, cachés dans le feuillage. Fallait-il y aller ? Trop tard pour se poser la question. Si la ministre a franchi le Rubicon, c’est qu’elle n’y arrivait plus, à tenir la corde. C’est que la fonction ministérielle est devenue si faible qu’elle laisse les vannes s’ouvrir au torrent qui emporte tout avec lui. Elle s’en remet au sage Hanouna, qui possède les pharmacies, les onguents, les crèmes. Elle est désespérément cash, n’a plus de force, elle n’a plus pour elle que ce très respectable désir de ne pas mépriser qui n’est pas méprisable. Mais désormais au nom de quoi ?

 
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