Combien de temps doit durer un discours

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 27/09/2017

L’étincelant angelot Macron a prononcé un discours à la Sorbonne devant les étudiants. Cela a duré presque deux heures. Il fallait bien deux heures pour faire le tour de la question franco-allemande, autant dire de la question Europe. Les vingt-six autres pays membres satellites sauront se contenter des miettes laissées sous la table des agapes. Emmanuel Macron est un homme qui n’a pas craint de faire applaudir le drapeau européen pendant la campagne électorale : cela constituait un acte héroïque de même ampleur que le passage du pont d’Arcole par le jeune Bonaparte. Il faut croire que cela n’a pas gêné son accès à la présidence. D’autres se fussent carapatés en cherchant un coin d’ombre où trembler leur trouille d’afficher une opinion. Étant entendu que l’Europe est l’allégorie même de l’ennui germanophile, on se demande presque si l’étincelant Macron n’avait pas bu, ce jour là, un verre de trop. Le phénomène est d’autant plus curieux que l’actuel président n’a pas d’éloquence particulière. Quand il dit : « refaisons un traité de l’Elysée », on se demande si c’est pour une ordonnance de pharmacie. Mais oui, pourquoi pas, un nouveau traité de l’Elysée. Étudions cette hypothèse. Déjà, les réseaux sociaux sont sur le coup.

C’est curieux, les Français ne savent toujours pas bien qui ils ont envoyé à l’Élysée. Est-ce si grave ? C’est là le signe d’un tournant d’époque qui rend les slogans et les fiches de police difficiles à établir. Certains d’entre nous se souviennent du discours que prononça Charles Du Bos à la Sorbonne en l’honneur de Thomas Mann qui était là. 1926 est une année, disons, incertaine. Beaucoup de choses sont encore possibles, politiquement, qui ne le seront plus. Charles Du Bos, qui n’était pas un très bon connaisseur de la politique mais en revanche un incomparable homme de littérature, misait tout sur l’esprit européen, un esprit en droite ligne de l’humanisme de la Renaissance. Nous connaissons cela par cœur. L’angelot élyséen eût pu lire le discours de Du Bos à la place de son interminable rapport, cela eût peut-être facilité les choses. Mais il tenait à son fleuve.

Ce n’est pas M. Mélenchon qui s’embarrasse de tels scrupules. Du haut de son éloquence de foire, il a salué « la rue » qui avait vidé Paris de son occupant nazi. Sans insulter à la mémoire des jeunes morts aux coins de rues dont le souvenir est soigneusement gardé par des plaques, il ne nous paraît pas possible d’énoncer une telle énormité sans lui apporter les compléments nécessaires. Ici, il faut rappeler l’épatant Demi-solde du cher Jean Dutourd, faisant le coup de poing rue de Rivoli sans même savoir où était la gâchette du fusil qu’il tenait à l’envers. Si l’on veut tout savoir sur la libération de Paris, il faut relire ce livre merveilleux. Mais M. Mélenchon se fiche de tout cela, il sait que si l’on veut « toucher », il ne faut pas mégotter sur la marchandise. M. Mélenchon fait un bon vendeur des « quat’saisons », il promène sa carriole en faisant croire aux benêts qui le suivent que l’on revient au bon vieux temps des guinguettes au bord de l’eau. Avec M. Mélenchon, on est en 1936 plutôt qu’en 1926. Encore un effort sur le calendrier et nous devrions arriver en vue des côtes du XXIe siècle.

Michel Crépu

 
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