AVANT-APRES

| Publié le : 21/01/2021

Finalement, la seule chose que Donald Trump a réussi dans sa carrière, a été de s’en aller. La vision d’Air Force One contenant Donald et s’élevant solennellement au dessus des hangars au son de « My way » de Sinatra avait quelque chose d’une scène grandiose de cinéma. On peut être sûr qu’à Hollywood, cela bat déjà son plein. Il y a là pour l’ancien président une porte de sortie qui est en même temps une piste d’envol. Il faut l’espérer en tout cas. Le « nous reviendrons » sonne à nos oreilles comme l’annonce d’un nouveau film, dès lors que le casting est réglé. Qui par exemple, pour jouer le rôle de l’ancien-vice président Pence ? Il nous a ému. Il était seul de son espèce républicaine (avec quelques autres) à assumer aussi clairement une désastreuse fin de partie politique. On avait l’impression d’un élève du pensionnat que les autres n’invitent pas au bal d’été. Il a été applaudi à son arrivée. Il semblait en avoir sur le cœur. Mais il était trop tard. Les dés avaient fini de rouler. Pence aura été semblable à ces hauts fonctionnaires de Rome qui préféraient rester sur les lieux pour protéger les livres du tyran.

Un commentateur a pointé avec justesse comme il flottait un air d’avant sur cette intronisation. Trump nous ayant habitué au Vulgaire majuscule, la vue soudaine des représentants de l’élite politique, toujours si bien costumés à la mode de Harvard, avait quelque chose de légèrement surréaliste. C’étaient les petits enfants de Gatsby retrouvant les anciens camarades de classe. On croyait entendre : « Jim ! Tu es là ! Alors toujours à Boston¸etc. » A la tribune Joe citait saint Augustin de mémoire, extrait des Confessions. Pour nous autres Français, ce naturel américain à parler le langage religieux est tout à fait extraordinaire. Ainsi quand Joe prononce le fameux « God bless you » un air de fraîcheur biblique nous passe-t-il entre les oreilles. Que Dieu nous bénisse, voilà qui est certain, encore faut-il trouver le ton pour le dire. On touche ici à l’Humilitas des anciens pères. Ils étaient encore là, hier, figures du monde d’avant alors même que Donald laissait sûrement à Joe un message d’encouragement à tenir le coup. Un arc joignait Augustin à Lady Gaga et l’on sentait bien que l’Amérique véritable était dans cette courbe inespérée. Voici donc venu le temps de l’après.

Ou est désormais le centre de gravité de ce pays extraordinaire ? Il appartiendra à Joe Biden de nous le faire sentir, par certains mots, certains gestes. Sans une note de secours, le nouveau président a improvisé un mixte de sermon et de méditation qui touchait et bouleversait même, si l’on veut bien se souvenir que Joe Biden a eu son lot d’épreuves personnelles. Il va être difficile de dire du mal de ce président a fait remarquer un chroniqueur de radio. Il a raison. Il aurait tort de penser que c’est mal d’admirer. Mais c’est que l’apprentissage de l’ironie est aussi, du même mouvement, un apprentissage de l’humilité. On ne sait pas si de telles notions ont encore une chance d’être entendues. Pourquoi non ? La victoire de Joe Biden, dont la candidature faisait rire à son commencement, renverse paisiblement la table. Cette victoire n’est pas une énième revanche des modernes sur les anciens , elle est beaucoup mieux. On a bien hâte d’en lire bientôt les premiers chapitres.

 
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