Aimer ou soutenir

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 13/04/2017

Le candidat Fillon n’a que faire de notre amour ; il veut seulement qu’on le soutienne. Il l’a dit dans un meeting : « je ne vous demande pas de m’aimer, je vous demande de me soutenir. » Toutefois, la question demeure épineuse de savoir comment l’on peut soutenir dès lors que l’on n’aime plus. Dante ne dit-il pas, à la fin de la Divine comédie que c’est l’amour qui agit le soleil et les étoiles dans le ciel ? On pourrait bien imaginer qu’un modeste candidat bénéficie du même souffle que les myriades d’astéroïdes qui assistent en silence à la campagne présidentielle. Le candidat Fillon a choisi de sortir du champ de l’amour et il s’avance sur un chemin de poussière et de cailloux douloureux qu’on voit seulement dans le désert de Gobi. C’est cela, avancer sans l’appui de l’amour : faire avec les cailloux et la poussière, pouvoir se priver du réconfort, de la tendresse. S’il est élu président, le candidat Fillon connaîtra des soirs d’immense solitude dans son bureau de l’Élysée. Il y aura quelque chose de beau, de quasi fénelonien, dans cet abandon. Ou peut-être rien du tout.

Raffinons encore un peu : vaut-il mieux être soutenu sans être aimé plutôt qu’être aimé sans une main pour vous soutenir ? Mais si je suis aimé, c’est donc que je suis soutenu. Car y a-t-il un autre soutien véritable que celui de l’amour ? On voit que le candidat Fillon est en train de tirer un trait sur le roman qui eût pu être celui de sa rencontre avec le peuple français. Il se trouve désormais dans la position du mendiant : quelque chose, une « petite pièce » ou un « ticket restaurant ». Peu importe ce que vous pensez de ma misère, peu importe de savoir comment j’en suis arrivé là : j’ai faim, j’ai besoin de vous. Il arrive parfois que le bon peuple français s’éprenne de ce genre de chagrins. Ce sera peut-être pour le candidat Fillon la possibilité de « toucher les gens ».

En politique, si vous ne touchez pas les gens, il vaut mieux rester au lit. Le dernier a l’avoir su était Chirac. Pour cette raison, Chirac sera pleuré comme Charles Trenet. Après lui, personne n’a été en mesure de faire jeu égal. Nicolas Sarkozy aurait pu, avec un peu plus de patience. Mais on ne peut pas à la fois envoyer des tweets et faire la tournée des petits commerçants. Chirac préférait les petits commerçants et puis de toute façon, il n’y avait pas de tweet, à son époque. Quand on parlait, on parlait à une seule personne à la fois. On ne mettait pas « en copie », comme pour prévenir la maréchaussée au cas où. Nous évoquions ces contrastes d’époque hier soir en dînant avec notre ami Jean-Pierre Dandrelin. Jean-Pierre, qui vient de publier ce qu’il appelle lui même une « foutaise », est ulcéré par l’absence d’articles sur son livre. Tellement furieux qu’il vient d’envoyer à un grand quotidien un éreintement de son propre livre sous pseudo. Et le quotidien l’a publié !! Ses amis lui écrivent pour lui faire part de leur indignation. Jean-Pierre est ravi de compter ses partisans si nombreux. Un article louangeur lui eût valu des remarques acerbes. Ses faux amis, jaloux, se fussent éloignés. Au lieu que là, il touche les gens. Vive l’éreintement !

Michel Crépu

 
Recevoir une alerte à chaque publication d’un article

Derniers articles

Julien Green, un petit rire derrière la porte Julien Green, un petit rire derrière la porte
Une vie de lecteur se compose de rencontres qui finissent par trouver leur place dans le long cortège des livres lus, retenus, aimés. Une certaine hiérarchie y impose ses choix, avec le temps. Il y a ceux du premier rang, et il y a ceux du second. Un troisième rang est même prévu, on peut y déjeuner pour pas cher, parfois mieux que dans certains endroits plus réputés. Il faut toujours vérifier par soi-même. Le Journal de Julien Green était du premier rang.

Un jour de pluie à Paris
Personne n’a oublié l’inoubliable Anthony Perkins du Psychose d’Alfred Hitchcock, mais qui n’a pas oublié les romances de l’acteur, au temps bienheureux des premières sixties, lorsqu’il chantait L’automne à Paris ? Il n’est guère que notre merveilleux Woody Allen pour lever la main, à l’énoncé du nom de Perkins chanteur. Un jour de pluie à New York, titre de son dernier film nous ramène à cette musique si charmante et profonde qu’on entend aussi bien au coin de certaine page du roman tout récent de Patrick Modiano, Encre sympathique.

Patrick Modiano, un skieur glisse sur la neige
Il n’y a pas de moment plus magique, dans un roman de Modiano : c’est quand le narrateur, épuisé d’avoir en vain tant questionné les autres qui pourraient l’aider sur sa trajectoire, s’entend dire : « lui-même », dans la bouche de cette personne qu’il cherchait justement depuis des jours. Ici, dans ce dernier roman, M. Molllichi pourrait donner à son interlocuteur une bribe de clé, un bout de téléphone, un simple souvenir qui concerne Noëlle Lefebvre. C’est elle qui est au centre de l’enquête, et qu’on aimerait tant la voir pousser tout à coup la porte du bistro…

> Tous les articles
Rechercher
Ok

Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement, des cookies de mesure d’audience et des cookies de modules sociaux. Pour plus d’informations et pour en paramétrer l’utilisation, cliquez ici. En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies.