Abdulrazak Gurnah au Nobel

Abdulrazak Gurnah au Nobel
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 07/10/2021

C’est presque un rituel que cette nomination du Nobel de Littérature, qui prend toujours à revers les paris du petit milieu littéraire. Donc cette année l’écrivain tanzanien Abdulrazak Gurnah, l’auteur d’Adieu Zanzibar* et de Paradis**, parmi d’autres recueils de nouvelles où l’auteur excelle à saisir les traces de l’âge colonial. Cela pour le résumé d’une silhouette que l’on se réjouit de mieux connaître, le plus tôt sera le bienvenu.

On reconnaît bien là la « ligne » du Nobel suédois, attentif à la tendance idéologique ambiante, tantôt portée sur le réchauffement climatique, tantôt sur les méfaits du colonialisme. Abdulrazak Gurnah, aujourd’hui retraité, a longtemps enseigné la littérature à l’université du Kent, où règne en ce mois d’octobre un calme automnal propice à une remise de Nobel. On se réjouit de cette alliance inattendue entre la campagne anglaise et celle de Tanzanie. C’est le charme du Nobel de nous faire de telles surprises.

Qu’en dire de plus ? Voyons dans cette élection littéraire une incitation à la curiosité. Il sera bien intéressant de voir comment Abdulrazak Gurnah pratique un genre de style qui emprunte probablement à diverses sources pour atteindre son but esthétique. En soi, l’héritage colonial peut être une occasion de renouvellement d’écriture : l’adversaire peut être aussi une sorte de complice, on peut s’amuser à repérer, çà et là, de ces malignités qui surgissent à l’improviste. On a souvent remarqué combien le cinéma britannique avait eu de bons moments du temps de Mrs Thatcher et l’on ne compte plus les romans anglo-saxons s’amusant des fanfreluches de l’Empire. Quelque chose nous dit qu’Abdulrazak Gurnah possède une plume incisive. Il y a dans son Adieu Zanzibar un air d’ironie qui ne trompe pas.

Comme il est loin, le temps où Sartre refusait le Nobel comme un Ravachol de l’existentialisme. Abdulrazak Gurnah n’est pas si snobinard. Il ira à Stockholm chercher sa coupe et il fera un beau discours ; il aura bien raison. La bibliothèque française se réjouit de faire sa connaissance.

Michel Crépu

* Éditions Galaade

** Éditions Denoël

 
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