Vacancesbook

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 10/08/2017

Il pleut, ce sont les vacances, et je m’ennuie. Dans les romans d’aventure, ce moment sert en général de détonateur. Mais là, rien. Même mon feuilleton préféré, Les Trumpies, donne des signaux de fatigue incontestable. Les scénaristes planchent dur et c’est difficile. Normal, au bout de onze démissions de conseillers spéciaux à la Maison Blanche, il faut faire preuve d’une grande inventivité pour dénicher une imbécillité supplémentaire à commettre qu’on aurait oublié.

Heureusement, ma bibliothèque magique vole à mon secours. Il est là, le petit livre de 110 pages, qui me tend les bras : Vie de Richard Savage de Samuel Johnson, publié à Paris le 28 janvier 2010 aux éditions du Promeneur. Il y a sept ans ! On dirait un millénaire. Les livres ne se comptent pas en « années », mais en petites fêtes de la mémoire. M’y revoilà, donc, alors que la pluie fait rage dans la rue déserte. J’invente ici le « Vacancesbook » qui vous dépanne au pire moment, sur l’autoroute ou enfermé dans les toilettes pour un week end entier. Il y a toujours une main amie. C’est la main de « Vacancesbook ». (Écrire à la a revue pour plus de renseignements.)

Richard Savage a vécu en plein milieu du Londres dix-huitième, il fait partie de cette innombrable troupe d’irrésistibles branleurs qui traînaient alors du pub en pub ce qu’on ose à peine appeler une ambition littéraire. Quelques vagues projets de pièces de théâtre, des poèmes qu’on croit bons pour la société des amis de Thomas Blackwell, dont la postérité n’a pas survécu à son dernier souffle. Savage passait son temps entre Londres et Bristol, à faire les poches de ses amis qui juraient qu’on ne les reprendraient plus à ce petit jeu où Savage excellait.

Il n’a pas écrit un seul bon livre, il a toujours réussi à convaincre le dernier de ses amis de mettre la main à la bourse pour lui permettre de passer une nuit convenable à l’hôtel, écrire une pièce de théâtre vengeresse sur la nature humaine. Même quand il était emprisonné à Newgate pour dettes non payées, le directeur de la prison l’emmenait promener dans la campagne avant de le ramener dans sa « cellule », une sorte de chambre où il pouvait prendre son petit déjeuner, recevoir des admirateurs. Le directeur et son détenu faisaient un petit tour par les buissons et les taillis, bavardant à loisir des mérites de morceaux poétiques qui n’ont rien pour eux sinon d’être médiocres, une grande vertu. Car c’est déjà beaucoup d’être médiocre, quand on pense aux nuls qui attendent dans l’escalier qu’on les appelle.

C’est ce qu’il y a de merveilleux dans cette « Vie », que son héros n’a rien de particulièrement digne d’être retenu. Johnson était comme çà, la bonhommie d’un demi solde des belles lettres lui paraissait un argument suffisant pour écrire un livre. Sa Vie de Savage (1744) fut d’ailleurs son premier. Il écrivit ensuite de nombreuses autres vies qui ont été , pour une grande partie, recueillies dans un beau volume paru aux éditions du Sandre. Savage a quitté ce monde sans bruit, enterré au pied d’un arbre quelque part au large de Londres, en laissant des dettes, le souvenir d’un sacré numéro. Johnson écrit : « Il faut du moins lui reconnaître qu’il conserva toujours un vif sentiment de la dignité de la beauté, et de la nécessité de la vertu et qu’il ne contribua jamais par un acte délibéré à semer la corruption dans le public. »  Vive Savage !

Michel Crépu

 
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Jeanne Moreau, actrice royale
Jeanne Moreau est morte, elle n’avait pas d’âge. Ou plutôt, elle avait l’âge qu’on choisit d’avoir quand on se moque éperdument des règles en vigueur. Seul compte le désir, l’intendance suit. Dans son cas, on peut dire que l’intendance a suivi, et même un peu plus loin encore. La liste des films donne le tournis : Jule et Jim, Eva, Ascenseur pour l’échafaud, La nuit, Touchez pas au Grisibi etc. Lire la liste est comme de lire un manifeste du talent en soi.

Fin de journée sur Sunset Boulevard
Une lamelle d’or, attachée à la main d’un squelette, on peut la voir dans un musée napolitain, ce n’est pas difficile. Les musées sont faits pour cela, surtout les musées napolitains, si à l’aise avec la fuite des jours, la vie des morts, celle des « âmes », bref, ce qu’on appelle l’éternité et qui n’est qu’un arrangement avec la terre, le doux zéphyr des origines perdues. L’éternité, ou plutôt : la vie éternelle. Il semble bien que Simon Liberati nous en dise un mot dans ce livre, Les rameaux noirs (Stock, août 2017), le plus beau de la saison.

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