Stones-Castro, 1-0

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 10/03/2016

Ainsi, ce que des décennies de politique et d’idéologie n’ont pu seulement écorner, les Stones vont le faire. Un concert à Cuba après la visite d’Obama. Quelle ironie de l’histoire ! Quelle incroyable puissance du rock, l’autre grand phénomène du xxe siècle avec les idéologies totalitaires. La chose est d’autant plus remarquable que les Stones n ont jamais été très amateurs de concerts militants. Ils n’étaient pas à Woodstock, on ne les a jamais vus se joindre a Bob Geldolf pour les grands concerts humanitaires des années 80. Donner un concert à Cuba, île musicale s’il en est, c’est merveilleux. Conformément aux principes du communisme, le rock n’était pas persona grata jusqu’ici. Trop de pulsation ne convenait au líder máximo, réincarnation de Lénine sur terre. Fidel sera-t-il embaumé ? Rien n’est moins sûr. Il faut tout de même se souvenir que le Stones ont joué à Prague pour les 60 ans de Vaclav Havel (ou bien n’était ce pas plutôt Havel qui invitait le groupe pour les 60 ans de Mick Jagger ? Toujours est-il que les murs du château avaient alors résonné du riff irrésistible de « Jumpin’ Jack Flash ». On peut compter sur le public cubain pour donner la réplique au groupe. La privation de rock and roll a dû accumuler des tonnes d’enthousiasme. On va voir ce qu’on va voir.

Ne reste plus en gros que la Corée du nord pour obtenir « Satisfaction ». Encore un peu de patience et le bouffon sanguinaire qui règne sur ce pauvre pays saura à qui il a affaire. Qui sait ? En attendant cet improbable beau jour aussi bien que la tenue d’un concert à Pékin, on pourra méditer sur cette extraordinaire puissance du rock. On pourra aussi se souvenir que Mick Jagger et les siens rendirent autrefois hommage à leur compagnon défunt, Brian Jones, à Hyde Park, au temps lointain des seventies débutantes. A l’époque, les fans accrochaient le poster du Che dans leur chambre à côté des Rolling Stones. On croyait que le Che était un allié sur la route du rock. On se trompait, il y avait malentendu sur le sens du mot révolution. Le Che, réincarnation christique du révolutionnaire des tropiques signait des ordres de faire fusiller tout en fumant son cigare. En 2016, les Stones répèteront la même vérité irrésistible que Fidel écoutera peut-être dans son hospice du quatrième âge : it’s only rock roll, but I like it.

Get no !

Michel Crepu

 
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