Proust l'optimiste

Proust l'optimiste
Actualité | Publié le : 10/03/2017

La NRF n° 623, mars 2017

Où en sommes-nous avec Proust aujourd’hui ? Jean-Yves Tadié revient dans un entretien paru dans La NRF de mars 2017 sur l’attention portée à l’auteur de La Recherche au cours du XXe siècle.

« Indéniablement, Proust est pour moi un optimiste, contrairement à ce qui est dit souvent. Je pense à cette phrase à mes yeux bouleversante : ‘‘Là où la vie emmure, l’intelligence perce une issue.’’ D’une certaine façon, cela résume la victoire de La Recherche. Cela renvoie au pouvoir de l’expression, de la formule, au dégagement d’une loi au sens de Stendhal. Là, Proust est unique. »

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Du côté de chez Swann. Un amour de Swann, édition de Charles Méla, fac-similé et transcription. Hors série Beaux Livres, Gallimard 2016

Proust au sommaire de La NRF

« Mais enfin c'est tout de même la seule Revue. S'ils m'éditent, ils me liront peut-être », écrivait Marcel Proust à propos de La NRF en 1912 à son ami Antoine Bibesco. Deux premiers fragments du Côté de Guermantes sont publiés dans les numéros de juin et juillet 1914, après la parution de Du côté de chez Swann chez Grasset en 1913 et avant la publication de La Recherche en volume aux Éditions de la NRF à partir de 1918, et dont Jacques Rivière, alors directeur de la revue, fut l’artisan.

 La Nouvelle Revue Française N' 66 (Juin 1914)

Janvier 1914 : Henri Ghéon donne un premier article consacré à Marcel Proust dans La NRF.

 

Juin-juillet 1914 : publication de fragments du Côté de Guermantes dans les numéros 66 et 67 de La NRF.

 

Janvier 1920 : Jacques Rivière, alors directeur de La NRF, salue dans le numéro 76 l'attribution du prix Goncourt au second volume de La Recherche, À l'ombre des jeunes filles en fleurs :

« L'Académie Goncourt a décerné son prix annuel à M. Marcel Proust, pour son roman À l'ombre des jeunes filles en fleurs, qui a paru aux Éditions de la Nouvelle Revue française et dont notre revue elle-même a publié d'importants fragments dans le premier numéro de sa nouvelle série. Nous ne pouvons que saluer avec joie cette décision qui vient confirmer et consacrer une admiration chez nous déjà ancienne et que nous nous sommes efforcés, dès avant la guerre, de faire partager à nos lecteurs.

La presse quotidienne, que trop souvent gouvernent des préoccupations d'un ordre assez étranger à la littérature, s'est élevée, dans son ensemble, contre le choix de l'Académie Goncourt, à qui elle a reproché d'avoir avantagé, contrairement à ses traditions, un auteur qui n'est plus de la première jeunesse. Sans vouloir discuter les mérites respectifs des concurrents de M. Marcel Proust, parmi lesquels plusieurs avaient incontestablement du talent et verront leurs œuvres ici aussi favorablement que possible appréciées, il nous sera bien permis de faire remarquer que la jeunesse d'un écrivain ne doit pas se calculer exclusivement d'après son âge.

Du jeune homme qui s'assimilant avec adresse une formule déjà fatiguée, réussit à lui donner un éphémère brillant de nouveauté, ou de l'écrivain, qui ne se met au travail que sur le tard, poussé par le seul besoin de transcrire la vision profondément inédite et, si l'on ose dire, "impaire" qu'il a des  choses, et particulièrement du monde intérieur, quel est le vrai "jeune" ? Pour le décider, ne faut-il pas regarder de quel côté l'avenir est le mieux servi, de quel côté la littérature se trouve le moins close, le plus exposée à se renouveler ? En d'autres termes, ne faut-il pas mesurer la quantité de jeunesse que contient l'œuvre, plutôt que celle dont son auteur a la chance (par elle-même déjà suffisamment agréable et qui se passe de récompense) d'être doté ? Si l'Académie Goncourt
a procédé dans un tel esprit à l'examen des ouvrages qui lui étaient soumis, ne faut-il pas plutôt l'en féliciter que l'en blâmer ? Ne faut-il pas lui être  reconnaissant d'avoir couronné, au lieu du plus jeune, le plus rajeunissant de tous les romanciers qui briguaient ses suffrages?

Marcel Proust en effet, nous le prétendons et nous voudrions beaucoup pouvoir un de ces jours le démontrer, est au premier rang de ceux qui viennent nous rendre la vie. Sans peut-être s'y être consciemment efforcé, il renouvelle toutes les méthodes du roman psychologique, il réorganise sur un nouveau plan cette étude du cœur humain, où excella toujours notre génie, mais que le Romantisme avait, même chez nous, affaiblie, relâchée, obscurcie.

Le choix de l'Académie Goncourt, même s'il a déplu à quelques journalistes, sera certainement ratifié par la génération qui vient. Peut-on souhaiter meilleure preuve de sa justice ? »

Jacques Rivière

 

Hommage ŕ Marcel Proust (1871-1922) N' 112 (Janvier 1923)

Janvier 1923 : numéro d'hommage à Marcel Proust, disparu en novembre 1923, avec les contributions de Philippe Soupault, Jean Cocteau, Paul Valéry, Albert Thibaudet, Edmond Jaloux, Jacques Rivière, François Mauriac...

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Août 1954 : « Proust », par Maurice Blanchot, dans le numéro 20 de La Nouvelle NRF. Extrait :

« Peut-il y avoir un récit pur ? Il semble que tout récit cherche, ne fût-ce que par discrétion, à s'abriter au creux d'un roman, à se dissimuler dans l'épaisseur romanesque. Proust est l'un des maîtres de cette dissimulation. La navigation imaginaire du récit qui conduit d'autres écrivains dans l'irréalité d'un espace scintillant, tout se passe comme si, pour Marcel Proust, elle se superposait heureusement à la navigation de sa vie réelle, celle qui l'a amené, à travers les embûches du monde et par le travail du temps destructeur, jusqu'au point fabuleux où il rencontre l'événement qui rend possible tout récit. Bien plus, cette rencontre, loin de l'exposer au vide du gouffre, semble lui fournir le seul espace où le mouvement antérieur de son existence non seulement peut être compris, mais restitué, réellement éprouvé et réellement accompli. C'est seulement lorsque, à la manière d'Ulysse, il est en vue de l'île des Sirènes, là où il entend leur appel énigmatique, que tout son long et triste vagabondage se réalise selon les moments vrais qui le rendent, quoique passé, présent. Heureuse, étonnante rencontre. Mais alors comment peut-il jamais "en venir là", atteindre le point mystérieux, s'il lui faut précisément être déjà là, pour que la stérile migration antérieure, son triste vagabondage, devienne le mouvement réel et vrai capable de l'y conduire?

La Nouvelle Nouvelle Revue Française N' 20 (Aoűt 1954)

C'est que Proust, par une confusion fascinante, tire des singularités du temps propre au récit, singularités qui pénètrent sa vie, les ressources qui lui permettent aussi de sauver le temps réel et de projeter sur celui-ci les caractères qui le font, à un certain moment, se confondre avec le temps du récit. Il y a dans l'oeuvre de Proust une intrication, peut-être trompeuse, mais merveilleuse, de tous les plans et de toutes les formes du temps. Nous ne savons jamais, et très rapidement Proust n'est plus en mesure de savoir à quel temps appartient l'événement qu'il évoque, si cela se passe seulement dans le monde du récit ou si cela se passe pour qu'arrive le moment du récit à partir duquel ce qui s'est passé devient présence, vérité et réalité. De même, Proust, parlant du temps et vivant ce dont il parle, et ne pouvant parler que par ce temps autre qui est parole en lui, mêle, mélange parfois intentionnel, parfois de rêve, toutes les possibilités, toutes les contradictions, toutes les manières dont le temps devient temps : ainsi finit-il par vivre sur le mode du temps du récit et trouve-t-il alors dans sa vie les simultanéités magiques qui lui permettent de la raconter ou du moins de reconnaître en elle le mouvement de transformation profonde par lequel elle s'oriente vers l'oeuvre et vers le temps de l'oeuvre où elle s'accomplira. »

Maurice Blanchot

L'intégralité de cet article est disponible dans le numéro d'août 1954

 

Tous les articles autour de Marcel Proust publiés dans La NRF

Articles de Jean-Yves Tadié dans La NRF

Retour sur la publication de Du côté de chez Swann aux Éditions de la NRF

 

 

 

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