Le coup du père François

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 24/11/2016

François Fillon, le nouvel adoubé, confesse un penchant au catholicisme. Toutefois, ce n’est pas Dieu qu’il a remercié au soir de sa première victoire, mais le pilote de course Jacky Yckx, qui remporta six fois les 24 heures du Mans. On sait que M. Fillon taquine le bolide comme d’autres le goujon en rivière. Ce ne sont pas là les références habituelles d’un paroissien fidèle à la vesprée. Ses convictions spirituelles ressemblent aux membres d’un club anglais où la règle veut que l’on n’étale pas. Ce qu’il croit, il le croit pour lui, non pour les autres qui peuvent bien avoir leurs convictions à eux. On reconnaît bien ici une certaine marque d’époque : M. Fillon n’est pas un « anti-moderne » au sens strict, il pratique son credo conservateur par conviction personnelle. Il n’est pas idiot au point de croire qu’il peut renverser, terme à terme, la table des nouvelles valeurs sociétales. Au fond, il pourrait être d’accord avec le Chateaubriand du Génie du christianisme, lequel ne craignait pas d’écrire qu’il est parfois bon de manger avec les prêtres les poulets sacrés. Ceux qui le soutiennent à droite-droite mordicus ont sûrement plus d’appétit que Chateaubriand. Nous verrons quel menu le candidat propose en plat du jour. Pour le reste, à savoir l’économie, il chausse les gants de boxe. Sport anglais.

Remarquables, de ce point de vue, les poches qu’il a sous les yeux. Gris anthracite, comme ses costumes de Savile Row, elles témoignent pour son sens du never complain, never explain. Imperméable au quolibet, il a supporté cinq ans les foutaises hystériques de Nicolas Sarkozy. Désormais, Sarkozy ressemble à ces moines peints par le Greco qui gémissent, jaunâtres, au pied du Calvaire. Le temps où il jetait des téléphones à la tête de ses collaborateurs est révolu, et sa ligne ne répond plus. Combien émouvante, sa sortie dimanche soir dernier : l’ancien triomphateur parlait de lui avec la même absence de surmoi. On voulait bien l’aimer, puisqu’il ne servait plus à rien. François Fillon n’a pas non plus de surmoi, mais il a mieux : un costume bien taillé. Il ne craint pas d’invoquer Maggie Thatcher, comme s’il y avait une réelle place, en France, pour la pratique politique du conservatisme libéral. Il suffisait à Sarkozy d’avoir le pouvoir, le reste il s’en moquait. François Fillon, c’est le contraire : il semble psychiquement au dessus de « jouir du pouvoir » alors que Sarkozy en ruisselait littéralement. A-t-il pour autant une bibliothèque ? Le sent-on, à le lire, à l’écouter ? Guère. Sa bibliothèque, on la distingue mal et le fait de s’être allongé récemment sur un divan télévisuel ne nous a pas renseigné sur ce point.

Un magazine s’est posé la question de savoir si François Fillon n’était pas un « dandy qui s’ignore ». Question intéressante qui va loin, jusque dans les confins du snobisme à la Oscar Wilde. Un peu trop loin, sûrement pour un homme qui use peu du mot d’esprit. Son élocution, lente, se prête mal à la cabriole rhétorique. Contentons nous donc de considérer pour l’instant M. Fillon comme un ascète professionnel de l’action. Afin que la « sauce prenne », il faut sûrement ce type d’homme politique, inapte au pathos, à la Vanité, mais non à l’orgueil. Bombe lente, qui fulgure néanmoins. Que l’on puisse en tout cas susciter de l’adhésion collective depuis la fenêtre d’un castelet sarthois, voilà qui est étonnant. Ainsi est cet homme qui logera peut-être bientôt au club de l’Elysée, qui comprend un seul membre.

Michel Crépu

1. Post-scriptum qui a son importance. La nouvelle traduction chez Fayard de La montagne magique de Thomas Mann, par Claire de Oilveira (782 p., 37€). Hans Castorp au sanatorium, c’est le catafalque de la vieille bourgeoisie allemande d’avant la Grande Guerre exposé à la lumière du très grand art romanesque de l’auteur du Docteur Faustus. Une magistrale leçon d’anatomie sociale. A lire de suite, en oubliant d’aller voter.

2. Il paraît que le livre d’Emmanuel Macron, le nouveau JJSS, s’appelle Révolution. On attend de lire avec curiosité ces pages sans doute mûries au feu de la marche en avant. Là, tel que, Revolution nous rappelle les Beatles du célèbre « Double blanc ». Mais sûrement faisons nous fausse route.

 
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