La ville dont le prince est un enfant

| Publié le : 13/12/2018

La ville : ce serait Paris. Le prince : le président de la république. On pensait à cette pièce de Montherlant l’autre soir, pendant qu’Emmanuel Macron parlait au pays, cherchant une gravité qui le hisse lui-même au-delà de sa juvénilité. Un ton d’enfant grave, les mains posées sur le bureau comme pour prouver qu’il n’a rien fait de mal. Il s’agissait de franchir le fleuve en furie, le fleuve a été franchi, il n’y a pas eu noyade. Mais l’essentiel reste à faire. On lit des mots de mort sur les murs de Paris, qui n’est pas un collège religieux, comme dans la pièce de Montherlant. Ce qui a explosé, c’est le tissu fragile de la médiation. Il ne faudrait pas croire que cent euros suffiront à recomposer ce tissu déchiré. Il y faudra beaucoup plus que de l’argent.

Mais il n’est déjà plus temps de savoir si le président était sincère ou non. Les derniers événements de Strasbourg ont brusquement déplacé une fois de plus le curseur. La question de savoir si le président était sincère et a lâché suffisamment de lest, a été soufflée par l’écroulement d’un touriste thaïlandais, abattu à bout portant sur un pont de Strasbourg. Sa femme blessée pleurait à ses côtés, n’y comprenant rien. Et voilà que son mari était déjà mort. Paris ou Strasbourg, ou la Thaïlande ? On a beau savoir que les Champs-Élysées sont un lieu dédié aux défunts heureux, ce n’est pas aux morts qu’on pense le plus là-bas à l’exception du fameux soldat, qui n’a jamais autant fait parler de lui. Les temps changent.

La ville, dans la pièce de Montherlant, c’est un collège religieux où les tourments spirituels ont une forte odeur de soufre. Du Montherlant tout craché, où le père supérieur parle comme un voyou et le voyou égrène son chapelet. C’est une obsession remarquable, chez l’auteur de La reine morte, ce besoin de grandeur sans décorum d’entourloupe. Une grandeur à la bonne taille, simple, sans chichis, comme chez les Romains qu’il aimait tant. Sinon où est la grandeur ? La vraie ? Ne pas tricher, voilà l’objectif. Valable aussi pour un président de la république. Ainsi les observateurs politiques ont-ils vu Emmanuel Macron chercher à la fois Jupiter et un petit gars de la campagne. Pas facile, surtout quand on a des responsabilités politiques, ce qui n’était pas le cas de Montherlant qui pouvait bien s’en conter à son aise. Son suicide avoue peut être aussi cela : un désespoir de ne rencontrer personne avec qui s’entendre sur ces points là, surtout ceux-là. Ni un Jupiter, ni un petit gars. Un désespoir de ne pas trouver le bon rythme. Enfin on n’en sait rien. C’est simplement étrange de penser à Montherlant aujourd’hui. Ce serait intéressant de remonter La ville dont le prince est un enfant. Comme ça, pour voir.

Michel Crépu

 
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