Jaune

| Publié le : 29/11/2018

Soudain, en quelques jours, quelque chose change dans l’air. Comme si la phrase rituelle de fin de banquet « ça ne peut plus continuer comme ça » venait enfin à son terme. Non pas la fin du monde, mais certainement la fin d’un certain « mode de fonctionnement », cette expression étant elle-même impropre, trop abstraite, sans rapport avec le monde réel. La notion de réel, avec son côté lui aussi abstrait demeure néanmoins au cœur du débat. Le réel, c’est tout simplement ce dont on ne peut pas douter, comme un mur contre lequel on vient se fracasser.

C’est peu dire que de l’affaire Benalla aux gilets jaunes, le chemin parcouru de ces derniers mois ressemble à un territoire bombardé jour et nuit. L’actuel locataire de l’Élysée, l’angelot étincelant des premiers jours, ne reconnaît plus le monde dans lequel il évoluait si aisément, il y a encore quelques semaines. Son intelligence remarquée a dû émettre des signaux d’alarme, qu’il n’a pas immédiatement interprétés comme il eût été préférable. La belle affaire que d’organiser des colloques, des rencontres, des on ne sait quels dérivatifs pour donner le change. Les « chemises jaunes » ne s’embarrassent pas de ces invitations distinguées. Personne ne leur a encore vraiment parlé. La chose n’est pas rendue facile du fait du mélange des genres : une chose est de parler avec une grand-mère qui ne sait pas comment multiplier son petit pécule, une autre est d’avoir affaire au populisme, toujours prêt à prendre la relève. Le seul acteur politique a s’être exposé pour l’instant est Marine Le Pen, ce qui vaut pour un avertissement clair. Quant aux fameux réseaux sociaux, ceux qui y prêtent l’oreille en reviennent épouvantés.

La vérité est qu’il est grand temps que la politique entre clairement en scène. En France, où la politique fait partie des Beaux Arts, cela constitue une réserve de munitions pour les mauvais jours. Quitte à organiser une table ronde, autant inviter des lecteurs à découvrir les grandes heures de la fin du XIXe siècle. Hugo et tous les autres, qui étaient autrefois l’ordinaire des salles de classe. Cela donnerait des idées pour tenter de résoudre les équations terriblement contemporaines et insolubles. Personne ne doute que ni M. Macron ni M. Philippe soient désireux de bien faire le travail, loin de toute démagogie. Mais il manque l’essentiel, de quitter les grilles de lecture pour marcher dans la boue à pleines bottes. Marcher dans la boue et lire des livres qui valent la peine. Cela doit être possible, quand même. Il faut pour cela avoir un peu de feeling.

 
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