En attendant l'Intérieur

En attendant l'Intérieur
Le blog de Michel Crépu | Publié le : 11/10/2018

Puisque le ministre de l'Intérieur n'est toujours nommé, replongeons nous dans Vingt ans après où Alexandre Dumas s'offre le luxe de faire revenir ses "potes" les mousquetaires sur le devant. Dumas est avec le roman comme un dompteur de tigres. Il y a une entente subliminale entre l'auteur et ses fauves sans équivalent ailleurs dans la littérature. Aramis vit à la campagne dans un couvent "jésuitique", il se la coule douce mais quand même toujours le doigt sur la rapière, un psautier dans une main, l'épée dans l'autre. D'Artagnan le retouve, il trouve que son ancien complice s'est "chanoinisé", mot merveilleux. Un peu de pâte, un peu d'âge a passé sur ce gentilhomme qui parle de faire l'amour en rajustant sa coilerette d'abbé. On ne voyait pas Aramis en surplus de chartreux. Le "couvent jésuite" lui va comme un gant. D'Artagnan lui fait des propositions, il lui rappelle le bon vieux temps - o delectabile tempus... soupire l'abbé. C'est un ravissement de voir comment Dumas se joue des titres, des fonctions, de tout l'attirail du pouvoir qui rend fou les vaniteux. Les "mousquetaires" sont un noyau d'électrons libres lâchés en plein dans la tourmente des événements. C'est l'époque où Louis XIV n'est encore qu'un jeunot qui s'ennuie à lire des illustrés (Plutarque, le Tintin du temps).

Nulle stratégie, un code d'honneur suffit largement, qui intègre dans son cahier des charges la possibilité d'occire un maraud de rencontre. Eh bien quoi, qu'est-ce qui vous choque ? Occire son voisin de table fait partie des responabilités qu'on prend dans le ballet des circonstances. Aramis est très relax à l'idée de pourfendre, c'est nous, plutôt, encombrés de moraline, qui sommes gênés. C'était la fonction morale du duel: ne pas avoir peur de mettre sa peau dans la balance. Aramis et les autres ne se priveront pas. Le roman du come-back est une petite machine à faire circuler de l'électricité dans les allées du pouvoir, fussent-elles à la campagne, dans un couvent paisible. Ce qui épate au passage (comme dans un thriller où l'ancien copain de hold up est sollicité pour retourner au charbon), c'est la décontraction absolue, tout le contraire d'un "ministrable" pendu à sa messagerie dans l'espoir d'un message présidentiel. D'Artagnan n'a pas grand chose à faire. Pourquoi ne pas retourner dans la mêlée ? Vingt ans après est un prodigieux roman d'occasion, il laisse voir les mailles où se faufile le fluide des rencontres. La notion électronique de "mousquetaire" n'est pas recevable au concierge de la messagerie. Le génie de Dumas est de faire sauter les plombs en permanence. IL entre dans la salle des machines et il joue avec les manettes. Comme c'est amusant! L'Histoire de France joue à guichets fermés. Dumas est son metteur en scène de toujours. Quelqu'un a-t-il à signaler quelque chose d'important depuis? Au fait, qui est le nouveau ministre ?

 

 
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