Dernières nouvelles de l’ange

Le blog de Michel Crépu | Publié le : 01/06/2017

J’aime ce vers de Francis Jammes, qui m’accompagne le matin : « Il fait chaud, il fait chaud, il fait chaud. » Non, je n’écrirai pas à la suite : « mais qui se souvient de Jammes ? », car si je suis sans illusion sur la situation posthume de cet homme dont on a publié la correspondance avec Gide, je peux imaginer qu’il se trouve peut-être un autre être humain pour être touché par la simplicité de cette poésie. Cela fait que nous serions deux, et cela suffit pour redémarrer les affaires. Quel besoin de se lamenter sur la misère poétique des temps que nous vivons ? Quand Mme Nyssen ouvre ses volets, au chant du coq, on sent le frémissement dans le feuillage et Mme Nyssen se dit que c’est une belle journée qui commence pour le ministère de la Culture.

Il faut dire que les affaires sont mirobolantes. En huit petites journées, nous sommes passés de René Coty bis à Superman-Mac. L’angelot qui excitait notre raillerie d’incrédules a tombé le masque : nous avons vu se dresser devant nous un archange présidentiel sec et coupant. Il n’est pas jusqu’à Donald Trump qui n’ait senti la fulgurance macronienne lui siffler aux oreilles. La poignée de main entre les deux hommes, reprise en une de tous les news américains, avait pratiquement l’allure d’une finale de boxe à la Cassius Clay. Il faut dire que Donald Trump ne laisse guère d’alternative à ses partenaires-adversaires. Bute ou crève. Notre archange national a choisi le crochet ultra rapide. Il pouvait dignement rentrer à la maison sous les yeux admiratifs d’Angela.

Si, comme tout le laisse à penser, l’Amérique trumpienne tourne le dos à l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, il faudra alors que le sergent Hulot monte au front, quart de gnôle à la ceinture. Allez Hulot ! On le voit bien en maillot jaune tirer le peloton sur les pentes du Tourmalet. Le gringalet à tisane se révélant un Hercule de l’effort. Pas rouleur de muscles pour autant. Le sergent Hulot tient pour une « sobriété douce » dans notre hygiène de vie, ce qui agace un esprit aussi acéré que celui de Pascal Bruckner. Interrogé dans Le Point l’essayiste trouve à cette sobriété hulotienne un relent de pétainisme. Cela lui rappelle l’époque où le Maréchal nous reprochait nos turpitudes en guise d’explication à la défaite de 40. Bruckner a infiniment raison de sonner déjà le tocsin. Il pourrait aussi bien s’aviser que le concept de sobriété, la sobrietas de toute la culture monastique médiévale héritée de la règle de saint Benoît, est naturellement d’un autre ordre que celui du Vichy des années noires. On voit que le président Macron, par sa culture philosophique, est lui-même un adepte de la sobrietas. C’est ce qui donne à son propos cette étincelante élasticité, propre à démêler, dans les petites misères juridiques, le bon grain de l’ivraie.

C’est la justice qui a le dernier mot, a-t-il répété au conseil des ministres. Il n’y a rien de plus vrai, n’en déplaise au Canard enchaîné qui gouverne la France. M. Ferrand est des deux, il y a en lui du bon grain et de l’ivraie. C’est drôle, on dirait un être humain. Si cela devait être le cas, au vu des barèmes en cours, il devrait immédiatement démissionner. Quoi ! Des êtres humains au gouvernement ?? Et puis quoi encore.

 
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