Carlos Ghosn, l’homme qui était prisonnier

| Publié le : 10/01/2019

Il existe de par le monde des millions d’individus soumis au régime carcéral de l’emprisonnement. Assassins, malfrats, gredins et autres pendards, auxquels il faut ajouter le nombre d’innocents qui n’en peuvent mais. Car il est plus difficile de clamer son innocence derrière les barreaux que devant. Certain boxeur ardent à la cause du gilet jaune, Christophe Dettinger, en fait actuellement l’expérience. Cet aimable colosse à qui l’on reproche d’avoir frappé des policiers à terre voudrait maintenant rentrer à la maison, donner à manger à son chat, arroser ses fleurs, jouer avec ses enfants. Il voudrait revenir en arrière, en somme, reprendre le film sur sa vérité profonde d’homme tourmenté par l’injustice. Hélas, c’est la seule chose qui lui soit impossible. Pour revenir en arrière, il lui faut attende le 19 février prochain, ouverture de son procès.

Toute autre, la situation carcérale de Carlos Ghosn, enfermé à Tokyo, accusé de malversations fiscales aux chiffres vertigineux. La justice japonaise l’a conduit cette semaine à s’exprimer devant le procureur, pour 10 minutes. Mené à la barre, tenu par une corde, visage émacié d’un homme qui ne revient pas du Club Med, Carlos Ghosn a fait sa déclaration, protestant de son innocence. Il y a fort à souhaiter pour M. Ghosn que son innocence soit reconnue, car on se demande ce qui pourra rester de lui en cas de faute avérée. Carols Ghosn, on le sait, appartient au club fermé des plus puissants business men de la planète. Voix métallique, sèche, ne doutant de rien, physiquement l’allure d’un petit Hercule à qui rien ne résiste, le voici dans la situation de ce pauvre Job, dans la Bible, lui aussi un ancien puissant à qui le ciel tombe sur la tête, sans explication.

Ce qui est frappant dans le cas précis, c’est la netteté quasi géométrique de la situation dans laquelle se trouve l’homme qui a gardé encore son titre de Président directeur général de Renault. Il est véritablement une figure allégorique, non pas du coupable, mais de l’accusé. Entre la condition de l’innocent et celle du coupable, il y a donc celle de l’accusé. Au Japon, terre de signes, come l’avait vu Roland Barthes, quiconque doit pouvoir incarner son propre idéogramme. L’étonnant composé autobiographique de Carlos Ghosn, Libanais, Brésilien, Français rend complexe la réalisation de cet idéogramme que la justice nippone aura à cœur de déchiffrer. Mais bien sûr, une salle de tribunal n’est pas à confondre ave un cabinet de psychologue. En attendant le moment des explications, Carlos Ghosn peut méditer sur son sort. À quoi pense-t-il ? Imaginons que des souvenirs d’enfance se mêlent dans son esprit à des moments de réunion, du temps de sa splendeur. La littérature a-t-elle une place dans ce cauchemar ? On demande un Tolstoï à la réception. Titre possible : « Une journée de monsieur Carlos. »

 
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